YVONNE JILA, DIRECTRICE DU FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM POUR LES FEMMES

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15 avril 2015

L'IIFF a lieu chaque année; il s’agit du seul festival dédié aux professionnelles du cinéma dans le Sud du Sahara. Il récompense les femmes qui évoluent dans le monde du film, qui ont contribué et contribuent artistiquement et de manière significative à l’industrie. Cette année, le festival aura lieu en août à Harare avant de se délocaliser à Bulawayo et Binga. Yvonne Jila a rejoint les Women Filmmakers of Zimbabwe en 2008 en tant qu’assistante de programmation avant d’assurer la direction du festival, le poste qu’elle occupe actuellement. Son portefeuille comprend la gestion générale de l’IIFF, le financement du festival et le réseautage.

Comment le festival est-il né?

L’idée d’un festival du film féminin naît du fait que le genre est un élément cinématographique  sur lequel nous devons sérieusement nous pencher pour comprendre l’impact des films sur notre monde et notre comportement, tout particulièrement dans les relations  entre les sexes.

Quels sont les thèmes et les nouveautés de l’édition cette année?

L’année dernière, le thème de l’IIFF était : « WOMEN ALIVE: WOMEN OF HEART! ». Les femmes sont fortes, et elles possèdent un don très rare, celui de l’amour inconditionnel. Emotionnellement, elles sont robustes et courageuses. Les films qui figuraient au programme de l’IIFF en 2014 célébraient les femmes vaillantes, les femmes qui, malgré le combat quotidien, sont plus fortes que jamais.

En 2015, le festival se veut provocant à la fois mentalement et émotionnellement. L’IIFF présentera plus de 50 films qui se penchent, entre autres, sur des questions importantes telles que la violence domestique, la sexualité et le harcèlement.

Que vous a apporté le Programme ACPCultures+?

Nous avons pu étendre notre organisation et maximisé notre promotion. En 2015, nous avons reçu le double de films par rapport à 2014.  Autre nouveauté, nous avons également à présent la possibilité de délocaliser le festival en milieu rural. Dans un certain nombre de villages, nous présentons des films qui font la promotion du développement des femmes et des relations positives au Zimbabwe. Les habitants peuvent venir voir ces films dans des salles et donner leur opinion. A travers les films, nous voulons former une famille paisible, une coexistence communautaire et une unité nationale. Pour moi, la violence domestique est un des problèmes majeurs de notre société que la femme doit affronter. Les films ont pour but de favoriser l’apaisement national et l’unité.

Quel est l’impact du festival?

Les films de l’IIFF sont uniques. C’est un festival sur les « héroïnes ». Depuis que j’ai rejoint l’IIFF en 2008 et en quatre ans de direction, j’ai vu le programme du festival se consacrer aux problèmes des femmes d’une façon qui captive et implique un public autant masculin que féminin, jeune et moins jeune. L’impact des films de l’IIFF se fait sentir dans les présentations où les hommes commencent à se questionner entre eux sur leur attitude envers les femmes. Cela prouve que les histoires des films peuvent agir sur le comportement. Je suis très heureuse que les politiques nationales reconnaissent aujourd’hui l’importance de tels récits pour le développement du pays.

Nous avons énormément d’exemples d’histoires bouleversantes qui explorent les pratiques culturelles sensibles et les systèmes patriarcaux indomptables qui empêchent l’expression sexuelle des femmes et déprécient leur statut social vis-à-vis de leurs homologues masculins. Les films ont l’avantage de faire rire autant que pleurer. Par ailleurs, ils offrent des aperçus très intéressants de certaines traditions dont nous ne connaissions même pas l’existence ; par exemple, les femmes qui « marchent » à genoux chaque fois qu’elles pénètrent dans une pièce d’hommes, peu importent l’âge ou le statut de ces femmes.

Installée dans la salle en train de regarder les courts métrages et d’écouter les réactions du public, j’ai commencé à penser et à comprendre que beaucoup d’habitants au Zimbabwe  ont tendance à rire devant ce qui les met mal à l’aise, même si ce n’est pas drôle.

Les femmes peuvent atteindre des sommets tant qu’elles adoptent l’état d’esprit du do-it-yourself et abandonnent le syndrome du donnez-moi. L’IIFF est le seul festival en son genre dans la région qui se bat contre les appels au secours silencieux des femmes et les aide à asseoir leur valeur en tant que contributrices actives et créatives de notre société.

 

 

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