SOPHIA SANAN, RESPONSABLE DU DEPARTEMENT RECHERCHE A L’AFRICAN ARTS INSTITUTE

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26 octobre 2015

Sophia Sanan, responsable du département recherche à l’African Arts Institute

« Les meilleurs modèles culturels sont hybrides, initiative privée et support public  »

ACPCultures+ a rencontré Sophia Sanan à la conférence de l’Arterial Network. Sophia y a parlé de l’entreprenariat en Afrique, en se basant sur plusieurs études menées par l’African Arts Institute.

 

ACPCultures+ : Pourriez-vous décrire les principaux objectifs et missions de l’African Arts Institute ?

AFAI est un institut de société civile. Son objectif global est de promouvoir la démocratie participative, le respect des droits et libertés fondamentaux de l’homme et le développement social et humain équitable des pays africains en affirmant l’importance de la dimension culturelle du développement.

Notre principal domaine d’activité est la gouvernance et la direction culturelles. La direction et l’entreprenariat sont les éléments clés de la valorisation des secteurs culturels en Afrique. Nous essayons d’améliorer la gouvernance au sein des secteurs créatifs africains, ce qui inclut développer la direction des organisations de société civile et des agences gouvernementales actives dans le secteur.

Nous aidons également à incuber et à construire des réseaux durables dans des buts de promotion, d’échange et de mise en œuvre, en procurant des formations et des mentors à des praticiens débutants, de niveau moyen ou avancé dans une large variété de domaines, dont la collecte de fonds, la mobilisation, la politique culturelle, le marketing, la gestion de projet, les technologies de l’information et les réseaux sociaux. Notre programme de leadership cible les professionnels de l’art les plus renommés, les membres du gouvernement en charge de la culture, ceux chargés de mettre en places les politiques culturelles et bien d’autres.

Nous avons également un département de recherche pour aider à la conception et la mise en œuvre de politiques culturelles, le développement d’outils et de perspectives théoriques sur les politiques et stratégies culturelles internationales au sein de diverses expériences et conditions en Afrique.

Que pensez-vous des Objectifs de développement durable récemment adoptés par les Nations Unies ?

Il y a du progrès mais plusieurs contradictions.

La culture est à peine mentionnée dans le document. Pourtant, ce sont des facteurs qui influencent directement le traitement des tous les sujets de préoccupation énoncés ici : la consumation et la production durables, l’immigration, la paix, la citoyenneté, les droits de l’homme, la croissance économique et l’inégalité. L’idéologie et la culture forment les structures sociales au sein desquelles ces objectifs et programmes doivent être appliqués : s’il n’y a pas de transparence sur leur pouvoir constructif et potentiellement destructeur, alors l’illusion de l’universalité restera intacte. Une compréhension plus ouverte du rôle des normes et valeurs culturelles dans l’évaluation du progrès et dans la création de systèmes de production et de consommation pourrait aider à changer ces systèmes lorsqu’ils pèsent trop lourd sur le bien-être de la population et de la planète.

Tel qu’il est formulé, l’agenda des ODD n’adresse pas la contradiction au cœur du développement durable. Il est reconnu que, pour le bien-être et la survie de la planète, les pratiques et les cultures de consommation et de production doivent évoluer mais en même temps la croissance économique est le principal indicateur de progrès. Cela est souligné par l’objectif principal des ODD qui est « d’éliminer la pauvreté sous toutes ses formes et partout dans le monde ». La question taboue est de savoir si cela est possible dans notre système capitaliste global actuel. De plus, il se base sur la notion erronée que les ressources de la planète sont inépuisables. Il n’est même pas fait allusion dans les ODD aux changements systémiques nécessaires pour changer la direction du ‘développement’ à une échelle globale, si ce n’est pour une clause incluse dans la stratégie de mise en œuvre qui énonce que lors de la récolte de données pour l’analyse des progrès vers ces objectifs, il faudra “tirer parti des initiatives existantes pour établir des indicateurs de progrès en matière de développement durable qui viendraient compléter le produit intérieur brut”.

Je pense que certains indicateurs fondamentaux manquent toujours, comme les indicateurs humains, environnementaux et sociaux.

Grâce à vos recherches, vous avez un point de vue privilégié sur les politiques mises en œuvre dans les pays africains. Selon vous, qu’elle semble être la meilleure solution ?

Je pense que les meilleurs modèles sont ceux qui sont hybrides, qui allient financement des donateurs ou de l'État et soutien local (monétaire ou un soutien en nature). Le soutien local est essentiel pour développer et maintenir des programmes et des initiatives culturelles. Cela peut impliquer le soutien du secteur privé. Si la culture est soutenue uniquement par le secteur privé, il ya un risque que les intérêts des entreprises ou d'affaires commencent à déterminer la production de la culture. Il faut des modèles mixtes.

Il faudrait également éviter les modèles qui dépendant trop de leur financement. Il est important de chercher de nouveaux modèles de financement. Beaucoup de pays africains manquent de structures. Les praticiens de la culture devraient chercher des locaux et des espaces alternatifs pour produire leurs spectacles. Dans de nombreux pays africains, les municipalités locales aident à l’identification d’espaces culturels alternatifs.

Avez-vous l’impression que dans les pays africains la culture est plus intégrée dans les politiques de développement ?

Dans de nombreux pays, les priorités de développement sont toujours centrées sur la santé, le transport ou l’hygiène de vie. Si vous prenez l’exemple de l’Afrique du Sud, vous verrez que la culture est motivée par le secteur lui-même.

 

 

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