POURQUOI L'ART ET LA CULTURE CONTRIBUENT PLUS A L'ECONOMIE QUE LA CROISSANCE ET LES EMPLOIS

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Artworks réalisés par l'artiste sud-africain Helen Martins.

Pourquoi l’art et la culture contribuent à l’économie plus que la croissance et les emplois

Il existe un intérêt international grandissant envers le potentiel des industries culturelles et créatives pour stimuler le développement durable et créer des opportunités inclusives de travail.

 

Une indication sur cette assertion se trouve dans un ensemble récent de lignes directrices de l’UNESCO sur comment mesurer et compiler les statistiques concernant la contribution économique des industries culturelles. Mais est-ce que cela devrait être la seule raison pour financer les arts et la culture ?

Les industries culturelles peuvent être définies comme celles dont les résultats principaux ont des valeurs symboliques, comme par exemple les beaux-arts, les films et l’artisanat, mais également les bijoux, le design, l’édition et la mode.

Les industries créatives ont quant à elles une définition plus large. Elles ont la connaissance comme résultat principal et, en plus des biens et services culturels, elles peuvent également inclure des choses comme le design de softwares et les services internet.

L’UNESCO a fourni des lignes directrices sur la manière de classifier ces industries, mais il n’y a cependant toujours aucun consensus international. Et un tel consensus ne risque pas de voir le jour, puisque les différents pays ont encore des niveaux très différents d’implication dans le domaine.

Cultural Times, la première cartographie mondiale des industries culturelles et créatives qui a récemment été publiée, reconnait la valeur sociétale des arts et de la culture : « La culture et la créativité forment indéniablement le ciment qui relie non seulement les cœurs et les esprits, mais également les nations et sociétés toutes entières. »

Cette étude quantifie l’économie globale et la contribution sociale du secteur. Elle analyse onze différents secteurs des industries créatives et culturelles, à savoir : la publicité, l’architecture, les livres, les magazines et journaux, les jeux vidéo, les films, la musique, les arts du spectacle, la radio, la télévision et les arts visuels ».

Cultural Times évalue également la contribution des industries culturelles et créatives à la croissance économique. L’étude estime qu’elles génèrent 250 milliards de dollars de revenus chaque année, créant de la sorte 29.5 millions d’emplois à travers le monde.

Le rapport aide à démontrer la valeur des arts et de la culture. Il fournit une bonne raison pour un éventuel soutien du gouvernement envers les arts et la culture, en particulier dans les pays en développement où il y a tant d'autres demandes qui attirent l’attention du trésor public.

 

Contribution à l’emploi et à la croissance en Afrique du Sud

L’Afrique du Sud tend à augmenter de plus en plus son attention envers les industries culturelles et créatives, les estimant comme potentiel contributeur à la croissance économique et à la création d’emplois. Cela se reflète dans le rapport Mzansi’s Golden Economy, qui définit les moyens par lesquels les arts, la culture et le patrimoine peuvent contribuer à la croissance et au développement de l'économie de l'Afrique du Sud.

De plus, le gouvernement a récemment créé l’Observatoire Culturel National. Il agira comme un centre d'information et de recherche sur l'impact économique et social des industries créatives et culturelles.

L’Afrique du Sud a fait sa première étude cartographique sur les industries culturelles et créatives en 2014. Bien que non accessible pour le moment, cette étude a montré que les industries ont créé entre 162,809 et 192,410 emplois, soit environ 1.08% à 1.28% de l'emploi dans le pays, et qu'ils contribuent à 2.9 % du PIB.

Basé sur des entretiens avec une grande variété de plus de 2000 personnes impliquées dans le secteur culturel et créatif, l'étude a également constaté que les entreprises du milieu ont tendance à être relativement petites, avec plus d'un quart (27%) ayant un seul employé, et un autre tiers (34%) employant entre deux et cinq personnes. La proportion d’hommes et de femmes est par ailleurs à peu près égale, et plus de trois quarts (77%) sont issus de races de couleur.

Compte tenu du chômage très sévère des jeunes en Afrique du Sud, ces industries peuvent être particulièrement importantes pour la création d'emplois: 22% des employés ont moins de 18 ans, 18% entre 19 et 24, et 19% entre 25 et 30. Cela signifie que 60% de la main-d'œuvre dans les industries culturelles et créatives a moins de 34 ans.

Ces résultats font écho à la tendance mondiale. L'étude de cartographie mondiale a constaté que l'emploi dans les industries était relativement ouvert aux personnes de tous âges et horizons (mais surtout les jeunes), et dominé par de petites entreprises. Dans les pays en développement, la production est dominée par l'économie informelle.

 

Autres retombées

Les industries sont également un facteur potentiellement important de la cohésion sociale et la consolidation de la nation à travers la promotion du dialogue interculturel, de la compréhension et de la collaboration. Ceci est fortement souligné dans le plan stratégique le plus récent du Département des Arts et de la Culture (pas encore disponible en ligne).

Cela fait partie d’un ensemble de retombées que la production artistique peut offrir, au-delà de la simple « valeur instrumentale » - ces valeurs qui, bien qu’indéniablement importantes, sont essentiellement des retombées du point essentiel de la production artistique.

Les valeurs et les objectifs « intrinsèques » de la culture, « l'art pour l'art », sont des concepts comme: divertir, faire plaisir, contester, donner un sens, interpréter, sensibiliser, et stimuler. Ces valeurs non marchandes sont difficiles à mesurer en termes monétaires, mais sont tout aussi importantes que les valeurs instrumentales.

Alors que les emplois peuvent être créés par de nombreuses activités économiques, quels autres types de production peuvent générer ces mêmes valeurs intrinsèques?

Le capital culturel en est un. Il est défini comme la somme de la richesse d'un pays ou d'un stock de l'art, le patrimoine et d'autres types d'expression culturelle. Comme d'autres types de capital, il a besoin qu’on s’y investisse - sinon il va se déprécier et être dévalué au fil du temps.

Le mécénat et le soutien des arts public et privé sont particulièrement importants pour les producteurs dont l'objectif principal est la valeur intrinsèque. Une telle production culturelle est souvent difficile ou inquiétante et, si elle a un grand impact sur la pensée collective, elle peut ne pas être un succès financier ou peut être distribué gratuitement. Pensons, par exemple, au rôle joué par la musique dans la lutte contre l'apartheid.

Tout en reconnaissant et en soutenant le rôle très important que les industries culturelles et créatives jouent dans l'économie, il ne faut pas perdre de vue les valeurs intrinsèques uniques qu'ils génèrent. Cela inclut la réflexion et la mise en forme des identités nationales et individuelles.

 

Source : The Conversation - Auteur : Jen Snowball

05 février 2016
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