POLITIQUES CULTURELLES. Culture et relations exterieures

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Screening of David Constantin's "Lonbraz Kann" in Mauritius ©BurtyMakoona12

Les 3 et 4 septembre 2015, la Présidence luxembourgeoise du Conseil de l’UE a organisé à Echternach une conférence intitulée "Culture et développement : vers une approche plus stratégique des politiques culturelles dans les relations extérieures de l’UE". L’objectif de cette conférence, qui rassemblait une quarantaine d’intervenants européens et internationaux, était de donner un aperçu sur la manière dont la culture et le développement interagissent, mais aussi de poser la question de la cohérence entre les politiques culturelle et de coopération au développement.

Renforcer le rôle de la culture dans l’action extérieure de l’UE

Les participants à la conférence "Culture et développement" à Echternach le 3 septembre 2015
MCULT

"Force est de constater qu’il semble toujours persister un doute ou un certain flottement quant à la fonction clé de la culture pour le développement humain, social et économique", a regretté la ministre luxembourgeoise de la Culture,Maggy Nagel, en guise d’introduction. Elle a rappelé qu’une des priorités de la Présidence luxembourgeoise est derenforcer le rôle de la culture dans l’action extérieure de l’Union européenne et de défendre, plus généralement, une prise en compte plus transversale de la culture. "Il s’agit de promouvoir l’intégration plus transversale et plus systématique de la culture dans d’autres politiques sectorielles et, en l’occurrence, une acceptation et une approche plus stratégiques de la culture dans les politiques d’action extérieure de l’UE", a-t-elle expliqué. A ses yeux, le développement ne peut pas se limiter à l’action d’un seul département ministériel.

Maggy Nagel a néanmoins souligné l’importance de "prendre en considération le son de cloche" venant du secteur de la coopération au développement, sachant qu’ "il faut être deux pour danser le tango".

Romain Schneider, ministre luxembourgeois de la Coopération et de l'Action humanitaire, a pour sa part rappelé que la Présidence luxembourgeoise a "un rôle et une responsabilité particuliers à assumer", dans la mesure où elle coïncide avec l’Année européenne pour le développement. Après avoir plaidé pour une plus grande cohérence des politiques pour le développement, il a souligné le "lien très fort" qui existe entre culture et développement, faisant de celle-ci "une partie intégrante" de la coopération au développement "sous toutes ses formes".

Mais selon lui, la culture constitue aussi "un secteur d’intervention en tant que tel". A ses yeux, les industries culturelles et l’économie créative peuvent constituer des sources de revenus et de croissance économique considérables pour les pays bénéficiaires de l’aide au développement. 

"Mais il s’agit d’un secteur économique à potentiel souvent encore inexploité", a regretté le ministre, avant de présenter plusieurs projets luxembourgeois de coopération soulignant le grand intérêt à associer culture et développement.

Ainsi au Cap Vert par exemple, la culture et l’économie créative ont été identifiées comme des piliers du développement durable du pays. Le ministère de la Culture luxembourgeois investit de manière significative dans l’exportation de la culture capverdienne et dans la création de plateformes intercontinentales pour la culture, en particulier dans le domaine de la musique.

Une coopération dont le ministre de la Culture du Cap Vert, Mário Lúcio Matias de Sousa Mendes, s’est félicité. Au cours de son intervention, celui-ci a par ailleurs plaidé pour une relation entre égaux et a dressé l’équation suivante: Coopération = donner + recevoir + partager.

Le commissaire européen chargé de la culture, de l’éducation et de la citoyenneté, Tibor Navracsics, a pour sa part souligné que la culture faisait "partie intégrante" du travail de l’UE en matière de développement durable. Celle-ci permet selon lui de "déterminer les politiques localement, de prendre en considération les spécificités locales, et d’alimenter les ressources locales" et a "un rôle crucial à jouer pour encourager la citoyenneté, la bonne gouvernance et la démocratie".

Il a indiqué que la Commission va tenter de développer cet aspect dans sa politique étrangère, estimant que la culture peut faciliter le dialogue et améliorer la compréhension entre les peuples dans un contexte où la menace terroriste risque de les diviser. Le commissaire veut réfléchir avec Federica Mogherini, Haut Représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, "à la manière de créer une stratégie européenne pour la diplomatie culturelle qui approfondira et rehaussera nos relations extérieures".

Faisant référence aux destructions de sites culturels et archéologiques en Syrie par Daech, Tibor Navracsics a enfin souligné l’importance, pour la survie de l'héritage culturel mondial, de prendre des mesures drastiques pour assurer sa protection.

Patricio Jeretic, expert en matière de politique culturelle, a quant à lui indiqué "ce qui se passe actuellement autour des frontières européennes" souligne "l’urgence" d’inclure la culture dans le développement.

La culture dans le programme de développement post-2015

Les discussions autour de la culture dans le programme de développement post-2015 ont également été abordées au cours de la conférence.

Romain Schneider s’est félicité du fait que la culture ait "trouvé sa place" dans l’agenda de développement post-2015 "tant sous certains ODD (objectifs de développement durable) que de manière plus transversale, reconnaissant sa contribution à un développement durable".

Concrètement, dans le document soumis pour le Sommet post-2015 en septembre à New York, intitulé "Transforming our world : the 2030 agenda for sustainable development, "des cibles précises sous trois ODD font référence spécifique à la culture et à sa contribution essentielle au développement durable", a indiqué le ministre.

La culture est également reprise dans le deuxième document clé pour l’après-2015. "L’agenda d’action d’Addis Abeba qui a été agréé en juillet par tous les Etats des Nations unies reconnait le patrimoine culturel, les innovations, les savoirs et pratiques traditionnels, ainsi que les expressions culturelles des peuples autochtones et communautés locales comme contribuant au bien-être social et comme des moyens d’existence durables", a souligné le ministre.

Romain Schneider a néanmoins regretté que lors des négociations sur l’agenda de développement pour l’après-2015, la culture ait parfois été "utilisée" et "invoquée" comme "argument pour bloquer la réalisation d’autres objectifs essentiels" et comme "instrument pour s’opposer à l’universalité des droits de l’homme". Il estime que la diversité et les droits culturels "sont fondamentalement ancrés dans le respect des droits de l’homme".

Martine Schommer, directrice de la coopération au développement du Ministère luxembourgeois des Affaires Etrangères, a partagé ce regret, soulignant qu’au cours des négociations sur des textes ayant trait au genre, à la famille, aux droits sociétaux, et aux groupes vulnérables, certains pays invoquaient la "diversité culturelle" pour "relativiser les droits de l’homme".

Face aux regrets exprimés par plusieurs intervenants indiquant que la culture ne faisait pas l’objet d’un ODD en tant que tel,  Martine Schommer a renvoyé vers la place importante accordée à la culture dans la déclaration politique qui précède les ODD. Cette place est selon elle "plus globale et plus opérationnelle, même si elle n’est pas liée à des indicateurs précis".

"J’ai suffisamment d’années politiques derrière moi pour ne pas être impressionné par des déclarations politiques ou des textes de base", a pour sa part souligné l’eurodéputé luxembourgeois Charles Goerens (ALDE), qui estime que la culture occupe "une place extrêmement médiocre" dans l’agenda de développement pour l’après-2015.

Les conclusions de Maggy Nagel

Maggy Nagel a conclu le débat en soulignant la nécessité de "remettre une vision politique au cœur de la stratégie culture et développement en élaborant un processus européen sur cette thématique, ou sur le lien entre culture et relations extérieures". Elle a également évoqué "le besoin de systématiser la co-construction de stratégies et de programmes avec les partenaires et les bénéficiaires" de l’aide au développement.

En ce qui concerne les ODD, "bien que les vues divergent quelque peu sur la place concrète de la culture en ceux-ci, il a été souligné notamment qu’il faudrait s’assurer que les Etats membres et l’UE continuent d’améliorer la place de la culture dans l’agenda post-2015 et d’identifier la façon d’en assurer le suivi", a indiqué Maggy Nagel.

"Je considère que le débat doit continuer, et pour la Présidence, ce sera le cas dans la mesure où nous le ramènerons avec nous à Bruxelles en espérant pouvoir apporter notre petite pierre à l’édifice pour avancer sur cette voie", a-t-elle conclu.

10 septembre 2015
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