PHILIPPE LACÔTE, RÉALISATEUR DE RUN

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06 mai 2014

Philippe Lacôte est réalisateur et producteur de films documentaires et de fictions. Il est né et a grandi en Côte d’Ivoire. Après des études de linguistique, il devient reporter et chroniqueur radio. Par la suite, il se dirige vers le cinéma dans les domaines de la production, de la réalisation et de la distribution des films. Run, soutenu par le Programme ACPCultures+, est son premier long métrage. Le projet de ce film a été retenu par la Cinéfondation du Festival de Cannes en 2012. Run est en sélection officielle « Un Certain Regard » du Festival de Cannes 2014

Le réalisateur Philippe Lacôte © DR

Votre film Run revient sur l’histoire récente de la guerre civile en Côte d’Ivoire. En 2008, vous avez réalisé un documentaire intitulé « Chroniques de guerre en Côte d’Ivoire ». Pourquoi est-ce important pour vous de faire des films sur les troubles que connaît votre pays, la Côte d’Ivoire ?

Je n’ai pas choisi de témoigner dans mes fims, de l’histoire de la Côte d’Ivoire. Je suis arrivé à Abidjan le 15 Septembre 2002 avec le désir de filmer, de faire un état des lieux, à travers la trajectoire tragique d’un ami d’enfance : Barbenoire. Trois jours après, la rebellion a éclaté. J’ai filmé mon quartier, Yopougon, durant les trois première semaines du couvre-feu. D’une certaine manière, c’est le sujet qui s’est imposé. Au delà de ces hasards qui n’en sont pas vraiment, j’aime le cinéma qui prend sa force dans le réel. Et il y a une vraie force narrative dans le politique. C’est peut être le dernier lieu où se cotoient avec une brutalité inouïe, le tragique et l’héroïque.

« Run » est en sélection officielle du 67ème Festival de Cannes, dans la catégorie « Un Certain Regard ». Quel est votre état d’esprit à quelques jours de l’ouverture du Festival ?

Mon premier sentiment est de la curiosité, celle d’être confronté à des cinéastes du monde entier et de voir à travers la sélection, quels visages du monde les réalisateurs peignent aujourd’hui. La présence en sélection officielle n’est pas un terminus. C’est le résultat d’un travail d’équipe commencé il y a pas mal d’années, à travers des courts métrages et documentaires. Des années pendant lesquelles il a fallu cultiver ses défauts, affirmer une position sans pour autant se fermer aux critiques.  Je suis aussi content pour mon pays, la Côte d’Ivoire, qui revient sur la scène cinématographique internationale.

Que vous a apporté le soutien du Programme ACPCultures+ ?

De l’argent ! Donc les moyens de tourner. Au delà, notre dossier pour le Programme ACPCultures+ contenait un volet formation pour de jeunes acteurs, en partenariat avec le Goethe Intitut d’Abidjan, et un échange de compétences entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, deux pays frères. Votre soutien nous a permis de rendre concrets ces deux projets.

Sur le tournage du film "Run" © Banshee Films / Wassakara Productions

Parallèlement à la production et au tournage du film, des actions de formation pour de jeunes Ivoiriens ont eu lieu. Comment se sont-elles déroulées ? Quels sont les résultats escomptés?

Ces formations ont plus concerné les jeunes acteurs. Il faut savoir qu’en Côte d’Ivoire, la guerre a cassé beaucoup d’outils. Notamment dans la culture. Il n’y a plus d’école d’acteurs. Il nous paraissait important d’intervenir à ce niveau. Aujourd’hui, les jeunes acteurs et techniciens qui ont participé à cet atelier et ensuite au film sont en train de se professionnaliser. Ils sont appelés sur différents tournages avec une rémunération. C’est une nouvelle génération de cinéma pour la Côte d’Ivoire, peut être un nouveau départ.

Comment avez-vous travaillé avec vos partenaires, Banshee Films et Diam Productions ?

Banshee Films et Diam production, ce sont d’abord des rencontres et des personnes : Claire Gadéa, la productrice française qui suit mes films depuis les premiers courts métrages, et Michel Zongo producteur Burkinabé et aussi réalisateur. Il y a aussi Ernest Konan, le producteur ivoirien de Wassakara Productions qui est un ami d’enfance. Ce sont des relations de confiance où le plus important est d’être au service du film.

Y a t-il des aspects dans la mise en œuvre de votre projet que vous considérez comme particulièrement positifs et qui peuvent servir d'exemples pour d’autres?

La sélection à Cannes oblige à regarder un peu dans le rétroviseur et à se demander ce qui a fait que le projet a réussi à convaincre des partenaires aussi exigeants que la chaîne de télévision ARTE ou l’avance sur recettes du Centre National du Cinéma (CNC). Pour moi c’est le travail de développement initié des le début avec Isabelle Fauvel et  la structure Initiative films. Isabelle nous a amené à nous poser les bonnes questions, à définir une vraie stratégie, à donner une identité au projet. C’est un film qui a toujours été confronté à l’actualité, à d’autres regards.

Le Ministère de la Culture de Côte d’Ivoire soutient votre film. Comment cela se traduit-il ?

La Côte d’ivoire a fait pour ce film ce qu’elle n’avait encore jamais fait. Cela se traduit par une avance sur recettes de 150 000 Euros. Durant le tournage, cela s’est traduit par un soutien logistique et des facilités d’autorisations. Le ministre de la Culture, Mr Maurice Bandaman s’est fortement impliqué, il était à Cannes il y a deux ans pour nous  apporter un soutien officiel alors que le film était à l’état de scénario.

Quels sont les souvenirs les plus forts que vous gardez du tournage du film ?

Un souvenir marquant du tournage, c’est le moins qu’on puisse dire, c’est quand nous avons tourné dans un ancien siege du FPI, le parti de l’ex president Laurent Gbagbo. Le lendemain, la presse favorable à ce parti  a lancé une campagne nous accusant de fabriquer des fausses preuves qui allaient accuser leur leader au Tribunal Penal International de La Haye. Tout d’un coup, le réel dont nous parlions dans notre fiction a fait irruption dans le tournage.

Quel regard portez-vous sur la création cinématographique aujourd’hui en Afrique subsaharienne ?

Un regard très critique et en même temps plein d’espoir.

Sur le tournage du film “Run”© Banshee Films / Wassakara Productions

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