PETER RORVIK, DIRECTEUR EXECUTIF, ARTERIAL NETWORK

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30 novembre 2015

PETER RORVIK, DIRECTEUR EXECUTIF, ARTERIAL NETWORK

« Nous avons besoin d’une approche holistique sur le long terme »

ACPCultures+ a interviewé Peter Rorvik après la conférence Arterial Network. Peter nous parle de ce qui ressort principalement de cette conférence, les différents challenges du secteur créatif africain et les différentes manières par lesquelles l’industrie culturelle peut s’agrandir et s’améliorer.

Qu’est-ce qu’il faut retenir principalement de cette édition ?

L’ACEC (African Creative Economy Conference) a été un important pour engager les défis cruciaux et les solutions innovantes dans le secteur de la création à travers ce continent. Un bon feedback a été reçu concernant les niveaux élevés d'information et d'inspiration provenant de présentations des conférenciers et des discussions lors de la conférence de cette année, et l'échange d'informations est toujours un point de départ important. De nombreux défis sont toujours présents; il y a des trop peu de financements, un manque d'infrastructures, des défis autour de la mobilité, des problèmes concernant les compétences de gestion, l'accès aux ressources, l'absence de données, d’outils ou d’instruments permettant de mesurer l'économie créative, de grands écarts entre les secteurs formels et informels, et des contraintes concernant la liberté d'expression dans de nombreux pays. Cependant, le fait que les artistes et organismes artistiques réussissent montre de l'innovation, de la persévérance, et de la résilience face à ces difficultés redoutables. La conférence a fourni des indications éclairantes sur la coopération internationale et régionale, ainsi qu’une meilleure compréhension des programmes, qui motivent les politiques et le financement dans de nombreux cas, ou encore des conseils pour améliorer la cohérence au niveau de la politique et de la pratique. Les présentations incluaient entre autres des études concernant des recherches récentes, des exemples d'échanges entre artistes, des créations et collaborations artistiques, des focus particuliers sur la musique et la région d'Afrique centrale, des processus de mise en place d'un nouveau fonds centré sur l’Afrique, de nouvelles façons de voir la pratique des arts et de l'entreprenariat culturel, et enfin des exemples précis sur des pratiquants à la pointe de la technologie mobile et internet. Bien que l'état des arts et de la culture varie considérablement selon les différents pays et sous-secteurs, il y a très certainement une manière de faire identique dans certains milieux, où les artistes réalisent leurs œuvres pour eux-mêmes, en prenant en charge leur propre avenir de manière autonome.

Arterial Network a été l'une des premières organisations à poser les questions de l'économie créative en Afrique à des conférences publiques, et l'édition de cette année termine un voyage à travers les cinq régions de l'Afrique, de Nairobi en 2011, Dakar en 2012, Cape Town en 2013, Rabat en 2014, jusqu’à à Yaoundé en 2015. L’engagement doit être un processus continu, et la considération doit être donnée quant à la façon dont Arterial, avec ses filiales et associés, peut être efficace dans le maintien de ces questions sur les programmes actuels pour faire avancer le secteur créatif en Afrique, à travers les événements organisés par Arterial et par d'autres organismes, à travers des rapports, des structures pertinentes à tous les niveaux, et des plaidoyers stratégiques et coordonnés.

A votre avis, comment peut-on améliorer la participation africaine à l’économie créative d’Afrique ?

La meilleure protection contre l’avalanche des biens et services culturels étrangers est de créer les conditions propices à la pratique des arts en Afrique, pour la production, l'exposition, la promotion et la distribution de produits locaux. Cela nécessite le renforcement du leadership et des capacités au sein des ministères gouvernementaux, ainsi que dans les organismes artistiques et les autres parties prenantes. L'économie créative a été citée comme un des secteurs à plus forte croissance dans le monde, et si l'Afrique veut concurrencer efficacement à des niveaux globaux ou locaux, nous avons besoin d'une approche holistique à long terme qui comprend l'amélioration de l'accès aux infrastructures, aux ressources et aux opportunités, améliorées par la présence des arts et de la culture dans les programmes scolaires et par la formation dans les secteurs formels et informels, afin de préparer adéquatement les trajectoires de carrière dans les arts. L’Afrique possède des talents incroyablement riches, nous avons simplement besoin de fournir des mécanismes de facilitation pour mettre ce talent à maturité, et sur des plates-formes publiques viables. Les politiques visant à promouvoir l'esprit d'entreprise, la créativité et l'innovation devraient inclure des environnements permettant une croissance accrue, une augmentation de la productivité à micro, petite et moyenne échelle des entreprises dans les secteurs des arts et de la culture, et une amélioration de l'accès aux marchés locaux et internationaux ainsi qu’aux services financiers. Des mesures incitatives pour le financement des arts par des sponsors locaux devraient être encouragées, afin de réduire la dépendance aux sources de financement étrangères. Par ailleurs, le processus de «Africans owning the creative economy» comprend des programmes de développement de l’audience, afin de conscientiser le public concernant l'importance des arts pour la société, de sorte que nous honorons et apprécions nos artistes qui contribuent énormément à notre bien-être, à la cohésion sociale et au changement sociétal.

En tant qu’observateur privilégié des politiques africaines, avez-vous l’impression que la culture est désormais mieux intégrée dans les stratégies de développement des pays africains ?

Il est encourageant de se rendre compte que les pays sont de plus en plus conscients de la valeur économique des industries culturelles et créatives, ce qui a permis une plus grande attention dans la politique de développement. Plus de 30 pays d'Afrique possèdent une certaine forme de politique culturelle officielle. Cependant, le défi majeur prend place dans le fait que dans de nombreux cas où de telles politiques existent, elles ne sont pas pleinement mises en œuvre et ne sont pas suffisamment harmonisées et intégrées dans les stratégies globales de développement dans les pays respectifs. La culture n’est malheureusement pas une priorité majeure dans la plupart des pays. Dans de nombreux pays, il existe des entreprises et initiatives concernant les arts et la culture qui se développent de leur propre chef, indépendamment de ce qui peut exister comme initiative politique; le phénomène Nollywood par exemple, a émergé organiquement au sein du secteur informel, avant de se régulariser et de finalement attirer du soutien au niveau du gouvernement. En outre, trop peu de pays incluent les acteurs du développement des arts et la culture ainsi que les organisations de la société civile dans le processus de planification et de prise de décision. Il existe des expertises et des expériences précieuses dont les gouvernements pourraient tirer parti. De tels partenariats pourraient accroître le succès des politiques, des stratégies et des programmes. Une coopération plus étroite entre les pays au sein des régions, concernant des accords de co-production, aideraient également à accélérer la progression et à ouvrir de nouveaux marchés.

Arterial Network a une mission très importante, qui est de faciliter la croissance des arts sur le continent africain. Quels ont été vos avancées majeures dans le domaine ? Quels sont les principaux challenges pour les années à venir ?

Au moment où l'Arterial Network a vu le jour, lors d’une conférence à l'île de Gorée en 2007, il y avait peu de communication entre les arts et les praticiens de la culture à travers les vastes frontières géographiques et linguistiques de l'Afrique. Depuis lors, Arterial possède une large empreinte à travers le continent, reliant les acteurs clés, identifiant et engageant des problématiques pertinentes. Affiliée actuellement avec des organisations officielles dans 24 pays et possédant une large représentation dans de nombreux autres pays africains, Arterial est impliqué dans un éventail d'activités axées sur la croissance et le renforcement des secteurs culturels et créatifs en Afrique. En dehors de la conférence ACEC, Arterial Network est connu pour ses initiatives de renforcement des capacités, ainsi que ses initiatives de production de publications concernant notamment la politique culturelle, les meilleurs outils de pratique sur les gestions de projets, les collecte de fonds, le marketing artistique, les plaidoyers, les festivals, ou encore ses initiatives concernant le programme à large audience Artwatch Africa, qui promeut et défend les droits des artistes, ainsi que la liberté d'expression créative en Afrique.

Les principaux défis rencontrés concernent l'identification des besoins dans les différents pays en fonction des contextes locaux en cours. Arterial continuera à jouer le rôle de catalyseur, facilitant et mettant en œuvre un partenariat, supportant et développant des organisations solides et des réseaux dans le secteur, guidé par les prérogatives de base de l'organisation:

• Le renforcement des capacités par le développement professionnel, englobant le développement individuel et organisationnel, ainsi que le leadership culturel axé sur les programmes de formation et d’apprentissage.

• La sensibilisation, avec une référence particulière concernant l'élaboration de cadres institutionnels et de mécanismes de support pour promouvoir et défendre les droits et intérêts des travailleurs créatifs.

• La gestion des connaissances grâce à la compilation, l'analyse et la diffusion de la recherche et de la théorie sur des thèmes tels que la politique culturelle, la gouvernance, la culture, le développement, l'économie créative, etc, qui informeront le public sur les stratégies de l'organisation et du secteur.

• L'accès aux marchés concentré sur le développement de l'économie créative, y compris la mobilisation de ressources pour soutenir la distribution des biens et services créatifs africains

 La diffusion de l'information pour rehausser le profil du secteur, afin de répandre les opportunités et améliorer le réseautage.

 

 

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