PEDRO RODRIGUES, CHEF DE PROJET P-STAGE

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21 janvier 2016

PEDRO RODRIGUES, MANAGER DU PROJET P-STAGE

Professionnalisation des acteurs lusophones et création théâtrale

Dix mois après la fin du projet, Pedro Rodrigues évoque auprès d’ACPCultures+ les impacts et résultats de diverses activités.

L’objectif de P-Stage était de soutenir la création théatrale et la professionnalisation des acteurs lusophones dans trois pays du Sud (Guinnée-Bissau, Angola, et São Tome-et-Principe). Afin d’atteindre cet objectif, une série de formations centrées sur différentes professions du secteur (comédiens, machinistes, techniciens, etc.) était prévu dans chaque pays. Ces ateliers ont soutenu la création et la tournée d'un spectacle qui a pu réunir des professionnels des trois pays.

 

Comment le projet a-t-il pu contribuer au renforcement de la création théâtrale dans les trois pays visés ?

Plus de cent personnes venant des trois pays ACP ont été impliquées dans le projet et ont pu avoir une intervention directe dans les différentes activités qui ont été mises en œuvre. De plus, sept lieux culturels au sein de ces pays furent utilisés pour l’organisation des workshops et performances.

Ces workshops ainsi que le show final ont donné aux participants de nouvelles connaissances pratiques concernant les diverses tâches qui incombent à la création théâtrale et à la production.

En ce qui concerne les lieux et autres installations, les différentes demandes sur les activités qui ont été menées ont contribué à mettre en évidence les principaux problèmes et les insuffisances. Dans certains cas, le projet a permis de résoudre certains de ces problèmes, avec certains équipements d'infrastructure .

 

Comment ce projet a-t-il amélioré les talents artistiques des professionnels et des organisations culturelles ?

La formation d’acteur fut l’une des plus importantes dimensions du projet. Quatre-vingt jeunes acteurs et actrices venant des trois pays ACP ont participé aux trois workshops et ont dès lors eu l’opportunité de travailler avec trois professionnels du milieu, des metteurs en scène du Portugal, d’Espagne et du Brésil.

Par ailleurs, une personne de chaque pays a eu l’opportunité de travailler en tant qu’assistant culturel de production pendant un mois, sous la supervision de l’équipe de nos partenaires locaux et du personnel de Cena Lusófona. Ceci a également fonctionné comme un stage dans une profession pour laquelle il n'y a pas d'offre d'apprentissage formel dans ces pays. Les ateliers de mise en lumière ont également été d'une grande importance pour améliorer les compétences de la population locale dans les activités culturelles.

Concernant les organismes culturels, il est important de tenir compte des effets reproductifs du projet. Comme il serait impossible de travailler avec un plus grand nombre de personnes, nous avons décidé dès le début qu’il serait essentiel d’assurer le plus grand nombre possible de groupes de théâtre et de parties prenantes impliquées dans l'action. Nous croyons que l'amélioration des compétences artistiques et techniques individuelles des recrues contribuera à renforcer les capacités des organisations créatives auxquelles ils appartiennent. Cette règle de sélection a été appliqué tant pour les recrues des ateliers (23 groupes de théâtre étaient représentés) que pour le showcast international, qui comprend des acteurs de groupes de théâtre de six différents pays ACP.

D’un autre côté, nous avons trois organisations culturelles locales qui sont directement impliquées dans la gestion du projet - l'Elinga Teatro (associé d’Angola), le CIT Bissau (associé de Guinée) et le récent CIT Sao Tomé (associé de Sao Tomé). Ils ont acquis une expérience pratique sur la gestion de projets internationaux qui sera très utile à l'avenir.

Avez-vous l’impression que la visibilité des artistes que vous supportez a été améliorée depuis la fin du projet ?

Nous n’avons aucun doute à ce propos. Deux exemples le montrent bien : la traduction anglaise de la pièce “As Orações de Mansata” sera bientôt publiée, et de nombreux producteurs portugais et internationaux nous ont déjà demandé les coordonnées des acteurs africains dans le but d’étoffer leurs équipes de films ou de théâtre.

Quelle est, selon votre vision de la chose, l’impact le plus significatif du projet ?

A la suite des divers workshops, nous avons eu comme résultat que quatre-vingt acteurs, appartenant à vingt-trois groupes de théâtre différents, ont eu leurs compétences en matière d’interprétation renforcées et leur travail théâtral amélioré.

Comme résultat de l’expérience P-Stage dans son entièreté, sept acteurs appartenant à six groupes de théâtre différents ont également amélioré leurs compétences, et ont acquis une expérience professionnelle et une connaissance sur différentes compagnies de théâtre, sur des festivals internationaux, etc. Ils sont désormais non seulement de meilleurs acteurs, mais sont également capables de jouer un rôle significatif dans de futurs partenariats internationaux. Leur curriculum vitae est aujourd’hui plus riche et leur participation à ce projet sera, pour les années à venir, une de leurs plus profitables expériences.

Trois organisations culturelles africaines ont directement participé au projet - Elinga Teatro (Angola), CIT Bissau (Guinée-Bissau) et CIT Sao Tome (Sao Tome et Principe). Les activités locales ont été organisées par ces organisations, et leurs équipes sont donc désormais beaucoup plus expérimentées dans la gestion de projets internationaux et à grand échelle. De plus, ces organisations ont aussi acquis une visibilité et une crédibilité internationale, autant parmi la communauté théâtrale internationale que parmi des institutions internationales.

Comme autre résultat du projet, nous pouvons également mentionner comme exemple significatif, en Guinée-Bissau et à Sao Tome, que le secteur culturel peut et devrait toujours être traité avec professionnalisme, et que les institutions internationales sont disponibles pour aider ces pays dans leur développement.

En Angola, deux discussions publiques ont émergé : la première sur le manque de lieux adaptés au théâtre dans le pays, et la seconde sur la liberté d’expression du pays.

Travaillez-vous toujours avec vos partenaires sur d’autres projets ?

Tout à fait. Elinga, AD, et Cena Lusofona (ainsi que d’autres associés du projet) ont été des partenaires depuis plusieurs années et nous continuerons de collaborer et de travailler ensemble, plutôt sur des projets multilatéraux ou des projets bilatéraux, en fonction des opportunités. Nous venons de collaborer avec Elinga Teatro dans leur plus récente tournée portugaise, et nous continuons à travailler avec nos partenaires de São Tomé et de Guinée-Bissau sur les Centres pour l’Echange Théâtral (“Centros de Intercâmbio Teatral – CIT”).

Quels éléments de durabilité pouvez-vous mettre en évidence depuis que le projet s'est terminé il y a 10 mois?

Le P-STAGE est la quatrième édition de l'une des activités les plus importantes menées par Cena Lusofona : les International Acting Traineeships. Chaque édition est définie en tenant compte des possibilités de financement et besoins et attentes des partenaires. Étant donné que ces stages sont l'une de nos activités centrales et qu'ils représentent si bien la stratégie de Cena Lusofona à travailler sur l'échange théâtral, nous allons continuer à les organiser.

Nous espérons que le succès de ce projet et la visibilité qu'il a donné à Cena Lusofona et à nos partenaires nous aidera à rassembler les fonds nécessaires pour les prochaines éditions, à savoir avec les autorités de Sao Tomé et de Guinée, et même au Brésil, puisque le gouvernement de l'Etat de Bahia était disponible pour soutenir la tournée brésilienne.

Quel est le résultat dont vous êtes le plus fier?

Nous croyons que le spectacle de théâtre final est un résultat artistique très intéressant, et qu'il fonctionne aussi comme une bonne synthèse des principaux objectifs du projet: treize acteurs issus de six pays de langue portugaise différents, avec différents niveaux d'expérience et de formation, ont partagé un processus de création artistique, tournés vers un but commun. Ce fut une expérience très riche pour tout le monde et tous les participants ont beaucoup appris.

Y a-t-il des erreurs que vous recommanderiez à d'autres projets d’éviter?

Même si nous avions déjà travaillé auparavant avec nos associé, il est vrai que le financement de l'UE introduit de nouvelles demandes formelles dont tous les partenaires d'un projet devraient être conscients depuis le début. Nous avons appris qu'il est important de souligner ces aspects à chaque opportunité et avec tous les collaborateurs et associés.

Il est également important d'avoir un "plan de secours", dans les cas où quelque chose irait mal avec vos plans de co-financement. Si vous n’en avez pas, vous pourriez faire face à de sérieux problèmes pour la réalisation de votre projet ou même pour la durabilité de votre organisation.

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