NOLLYWOOD, SES HERITIERS AFROPEENS ET SON COUSIN CONGOLAIS : LE FILM MABOKE

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Photo du film Run de Philippe Lacôte

Nollywood, ses héritiers Afropéens et son cousin congolais : le film Maboke

Débat : « Nollywood, ses héritiers Afropéens et son cousin congolais : le film Maboke ».Modéré par Paulette Jakobs, avec Guy Kabeya, Thierry Luse, Ronnie Kabuika, Monique Phoba et Tony Akinyemi.

La deuxième édition du Festival International du Film Africain de Belgique (FIFAB), a eu lieu les 18, 19 et 20 septembre 2015 à Bruxelles dans le quartier « Matonge », le quartier africain de la capitale. En plus des 20 films programmés, les cinéphiles et professionnels ont pu suivre plusieurs rencontres thématiques, notamment sur "l’acteur noir absent des écrans blancs", ou encore su la question de la production cinématographique africaine avec "Nollywood, ses héritiers et son cousin".

« Nollywood », née dans les années '80 comme un petit réseau de vidéos amateurs, est devenue en quelques décennies la deuxième industrie cinématographique du monde, ainsi que l'une des sources principales de revenus du Nigeria. Sa formule gagnante : de petits budgets, un grand nombre de productions, et le choix de sujets simples et populaires, visant tout d'abord un public local. Ce parcours peut-il constituer un modèle pour d'autres cinématographies africaines émergentes ?

En RDC, le genre maboke est le grand favori du public : il s'agit d'une sorte de théâtre filmé, basé sur l'improvisation d'un groupe d'acteurs sans scénario préalable, tourné en temps records et distribué principalement via les chaines de télévision et le commerce de DVDs. Selon Guy Kabeya, acteur de maboke, il y a dans cette production un grand problème de qualité, dû principalement à l'absence de réalisateurs et de visions d'ensemble sur les projets, ainsi qu'à la prolifération de produits à bas couts et à l'amateurisme de certains acteurs. Mais c'est à partir de ce genre populaire qu'il faut travailler pour stimuler à nouveau une demande de cinéma chez le public : Ronnie Kabuika, artiste polyvalent et réalisateur de Villa Matata, en est convaincu. Pour voir émerger à nouveau la culture cinématographique congolaise il faut se lancer, comme l'a fait Nollywood, produire en grande quantité en exploitant intelligemment les moyens du bord, sans attendre des subsides qui n'arriveront jamais ; et, surtout, écouter le goût du public congolais. C'est ce que confirme Tony Akinyemi, directeur de Nollywood Europe : ce n'est qu'en commençant à croire en sa propre culture populaire et en allant à l'encontre du goût du public, que l'on peut provoquer un véritable désir de cinéma et proposer des projets de plus en plus complexes au fur et à mesure.

Se pose alors la question des lieux de diffusion: dans un pays comme la RDC, où il n'y a quasiment pas de salles de cinéma, faut-il se lancer d'emblée dans la construction de lieux de projection, ou attendre plutôt qu'il y ait une réelle demande du public, ainsi qu'une production locale assez copieuse pour ne pas courir le risque que les salles se fassent approprier par les industries hollywoodienne et européenne ? Thierry Luse, directeur de ADC (Afrikan Diaspora Cinema), voit le problème autrement : sa structure de production, dont le propos est de créer une nouvelle vague du cinéma des ressortissants africains de la diaspora, se concentre pour l'instant sur la VOD (Video On Demand). Ce n'est qu'ensuite, avec les gains de cette distribution online, que l'éventuel investissement en une salle de projection serait envisageable. Cependant il est clair que, si cette stratégie peut être gagnante dans le contexte européen, elle est moins évidente en Afrique, où l'accès à internet n'est pas garanti partout.

Tous les participants sont en tout cas d'accord sur ce point : ce n'est qu'en unissant leurs forces - à l'instar du « chacun pour soi » des politiques institutionnelles - que les acteurs culturels pourront créer un terrain favorable à l'épanouissement d'une industrie cinématographique solide.

Lire aussi: L'acteur noir face aux écrans blancs

22 septembre 2015
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