Nollywood en plein essor: l’industrie cinématographique du Nigéria donne un élan indéniable à l’économie africaine

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Au cours des 20 dernières années, l’industrie cinématographique du Nigéria s’est imposée pour devenir l’une des plus importantes d’Afrique. Selon Robert Orya, PDG de l’entreprise d’État Nigeria Export, elle représente 5.2 % de la croissance du continent en 2014, alors que l’ensemble de l’industrie a généré cette année des revenus de 590 millions de dollars US. Cette progression des films « Nollywood » a engendré 7.2 milliards de dollars US en 20 ans, soit 1.4 % du PIB du Nigéria, d’après une étude de l’Oxford Business Group. Le Nigéria est la première économie d’Afrique et l’industrie du cinéma occupe le second rang en tant qu’employeur au pays, suivant de près celui de l’agriculture et embauchant 1 million de personnes au total, si l’on compte les branches de la distribution et de l’exploitation.

Toutefois, malgré une réussite indéniable auprès d’un large public (comptant 20 millions de cinéphiles à travers le monde) et plus de 2000 productions annuelles (trois fois plus qu’Hollywood), Nollywood contrôle un réseau de distribution qui ne peut toujours pas faire compétition avec les poids lourds que sont Bollywood et les distributeurs occidentaux. Les cinéphiles du Nigéria ne bénéficient que d’une centaine de salles de cinéma dans l’ensemble du pays, en comparaison aux 4000 écrans de la France et plus de 40 000 pour les États-Unis. Cet état de fait est aggravé par la diffusion de produits piratés ou contrefaits qui occasionne des pertes de revenu massives au box-office.

Mais le domaine est en rapide évolution : la quantité de films présentée en salle avant leur sortie en DVD augmente sensiblement et iRoko, un des sites les plus populaires de vidéo-à-la-demande, vient d’imposer récemment une cotisation d’abonnement.

Plus important encore, le Gouvernement du Nigéria a annoncé une série de mesures afin de stimuler le secteur cinématographique.

Dans ce cadre, le projet « ACT Nollywood », mis sur pied depuis janvier 2015, permettra la création d’un Fonds d’innovation et de distribution qui devrait permettre de restructurer le réseau de distribution, tout en cherchant de limiter les dommages occasionnés par le piratage. Les mesures annoncées devraient également assurer une meilleure protection des droits d’auteurs. De plus, près de 1.5 million de dollars US seront réservés au Fonds de développement des compétences afin d’étoffer les formations proposées aux professionnels du secteur. Finalement, un Fonds pour la production cinématographique cofinancera des projets jugés « commercialement viables » grâce à des subventions pouvant atteindre 50 000 dollars US.

Nollywood attire de plus en plus l’attention sur la scène internationale: ses productions sont accessibles non seulement sur les sites de v-à-d, mais également sur des plateformes internationales, comme Netflix. Par ailleurs, comme un nombre croissant de productions internationales, le cinéma nigérien se mondialise. Le film du réalisateur Biyi Bandele, Half of a Yellow Sun sorti en 2013 est probablement l’œuvre cinématographique nigérienne la plus célèbre, avec un casting international inégalé comprenant les stars Thandie Newton et Chiwetel Ejiofor.

Filmé au Nigéria avec une équipe de tournage à 60 % locale et le budget le plus colossal de l’histoire du cinéma nigérien (10 millions de dollars US), le film a représenté une occasion sans précédent pour l’industrie régionale, dont la main-d’œuvre a bénéficié des retombées et d’une expérience de travail unique sur une production d’envergure internationale. Le projet a légitimé l’industrie du cinéma nigérien et sa place prépondérante qu’elle continuera à occuper à l’échelle mondiale dans le domaine du 7e art.

06 mai 2015
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