LES FILMS A PETITS BUDGETS SOUS LES PROJECTEURS

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Le cinéma à très petit budget sous le feu des projecteurs

Quelles que soient leurs origines socio-économiques, tous les réalisateurs d’Afrique du Sud sont confrontés à des épreuves. Néanmoins, en parallèle à ces épreuves, les cinéastes noirs émergents doivent relever toute une série de défis supplémentaires lorsqu’ils décident d’intégrer l’industrie du cinéma. C’est avec ce constat qu’a débuté une discussion autour du cinéma à très petit budget le 18 juin au Durban FilmMart (DFM).

« Il est indispensable de trouver des moyens de rendre l’industrie accessible aux [cinéastes émergents] et de combler l’écart entre réalisateurs chevronnés, aspirants et émergents », a déclaré Andile Buwa, écrivain et réalisateur indépendant, mais aussi président de l’Association des cinéastes de la municipalité d’eThekwini, qui a ouvert le débat.

Réaliser un film à très petit budget est une pratique farouchement indépendante qui bénéficie du soutien de quelques-uns des cinéastes émergents les plus persévérants d’Afrique du Sud. Ces derniers sont récemment parvenus à trouver des vitrines intéressantes pour leurs travaux (notamment des chaînes de télévision telles que Mzansi Magic), et font même quelques incursions auprès des institutions de financement de l’État, qui commencent désormais à apprécier les modes de production anticonformistes à leur juste valeur. Les cinéastes en question, tels que Buwa, Mr B et Lehlogonolo Moropane, alias « King Shaft », ont commencé à exercer leurs activités avec détermination bien avant que de telles opportunités ne se présentent et ont par conséquent produit des films dans un laps de temps très court avec seulement une centaine de milliers de rands (environ 6 000 euros), voire moins. Ils sont donc les mieux placés pour donner aux nouveaux réalisateurs les conseils appropriés sur la façon de tirer le meilleur des ressources restreintes dont ils disposent, afin que leurs films finissent par voir le jour.

Moropane, qui s’est exprimé après Buwa, a décrit en détail le processus de fabrication d’un film à très petit budget. Il a recommandé d’éviter le processus de distribution qui implique des diffuseurs traditionnels, car cela nécessite souvent beaucoup de temps et retarde grandement la production. Bien que ces méthodes « officielles » puissent s’avérer utiles, il est préférable que les cinéastes émergents se contentent d’exploiter les ressources dont ils disposent et de tourner leurs films sans se préoccuper des formalités administratives. Les réalisateurs chevronnés doivent se faire à l’idée qu’un budget plus élevé implique forcément un contrôle accru de la part des investisseurs, tandis qu’un débutant qui manque de ressources financières jouit d’une liberté bien supérieure.

« La réalisation est un processus », a déclaré Moropane. « Il faut du temps avant de finir par comprendre le langage du cinéma ; de nombreux efforts sont nécessaires pour y parvenir. La réalisation de films à très petit budget m’a permis de trouver mon propre style. J’ai déjà fait une quinzaine de films de cette façon au cours de ma carrière. Lorsque je les regarde, je constate que j’ai réussi à développer ma patte et mon style particulier. Les films à très petit budget donnent l’opportunité aux cinéastes indépendants de perfectionner leur art, d’apprendre, de découvrir des histoires intéressantes et de trouver leur style. »

D’après Moropane, la recette de base d’un film à très petit budget est la suivante : une version simplifiée de la structure en trois actes du film, afin d’élaborer un récit qui se concentre sur un événement principal ; une distribution comprenant un maximum de trois personnages principaux ; un nombre minimal d’emplacements et un calendrier de tournage pouvant vraisemblablement être achevé en une à trois semaines.

Les modèles de distribution constituent également un sujet brûlant pour les cinéastes émergents. Bien que les chaînes de télévision soient des plateformes essentielles pour faire connaître les travaux de ces réalisateurs, les créateurs des œuvres sont contraints de céder l’intégralité de leurs droits aux radiodiffuseurs. À l’inverse, les plateformes en ligne représentent une nouvelle façon pour les créateurs d’exploiter les droits dont ils disposent sur leurs propres œuvres, mais cet environnement est encore en phase de développement et reste donc peu rentable.

Toujours est-il que le principal avantage du cinéma à très petit budget est qu’il permet aux cinéastes d’apprendre à leur rythme, sans être soumis aux enjeux financiers de grande envergure liés à des investisseurs extérieurs.

“Petit budget ne signifie pas mauvaise qualité”, a insisté Moropane. “J’ai toujours dit que la qualité dépend de l’attitude adoptée, pas du budget. Disposer d’un très petit budget permet d’apprendre à trouver des alternatives pour continuer à faire avancer les choses.”

 

Source : Screen Africa

21 juin 2016
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