Le producteur Van Der Merwe récompensé par le Prix Simon Sabela pour son « accomplissement exceptionnel dans l’industrie cinématographique sud-africaine ». Pendant l’apartheid, il a ouvert les portes de l’industrie à une génération d’acteurs noirs

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La dernière édition du Festival international du film de Durban a sacré le cinéaste africain Tonie van der Merwe du Prix Simon Sabela pour son accomplissement exceptionnel dans l'industrie cinématographique sud-africaine, le plaçant parmi les quatre "héros et légendes" du pays.

Van der Merwe, primé pour la première fois, est considéré comme l'un des fondateurs du genre Blaxploitation, avec ses 400 films réalisés tout au long de sa carrière. "Sans paraître raciste, je pensais qu'un homme blanc ne remporterait pas facilement de prix mais j'avais tort. Je pensais que tous les films datant d'avant 1990 ne pouvaient pas se faire une place aujourd'hui. Nous n'existions pas. Nous n'avions rien accompli", a-t-il déclaré lors de son discours de remerciement.

La réhabilitation de van der Merwe et de son œuvre est peut-être le signe que c'est le moment de ne plus confondre la production artistique d'Afrique du Sud avec son cadre politique. "Nous commençons à établir suffisamment de distance avec cette vieille histoire de rivalité entre lesNoirs et les Blancs pour réexaminer de vieux documents comme ces films", a déclaré Keyan Tomaselli, critique des politiques culturelles du gouvernement apartheid, que l'on appelle aussi "héros et légende". "Je ne pensais, même dans mes rêves les plus fous, que je partagerais le même plateau que lui. Qu'il soit un partisan de l'apartheid ou pas, c'est de cette manière que nous le voyions", a-t-il ajouté.

La position de van der Merwe est plutôt ambigüe lorsqu'il travaillait dans la politique de l'apartheid. C'est grâce à lui qu'un financement pour les films "noirs", a vu le jour, permettant ainsi à 1600 films de promouvoir les valeurs de l'apartheid.

Contrairement aux autres cinéastes de films "noirs", qui soutiennent explicitement les messages du gouvernement, les scénarios de van der Merwe étaient moins clairs.

Son premier long-métrage Bullet (1972), premier film sud-africain avec une troupe entièrement composée d'acteurs noirs, avait été banni seulement après deux projections car il montrait des Noirs dans des voitures de sports, des armes à la main et portant des vêtements soigneux : tout ce qui était interdit par la politique d'apartheid.

Van der Merwe ne s'intéressait tout simplement pas à la politique. Il voulait seulement faire des films et a repéré une opportunité commerciale dans un marché de films pour un public noir qui n'avait pas encore été exploré. A 30 ans, il quitta le domaine de construction pour tourner des films avec son propre argent, sa propre voiture, tracteurs et avions comme accessoires de production, et les a emmené faire le tour du pays : 14 camions à plateau chargés de deux projecteurs par camion ont transporté ses films dans les régions les plus rurales. "La plupart de ces endroits ne disposaient pas d'électricité, encore moins d'un cinéma", déclare Van der Merwe.

D'après Innocent Gumede, alias Popo Gumede, ses films étendent les limites de l'apartheid. Ils ouvrent non seulement les portes de l'industrie du film à une génération d'acteurs et techniciens noirs, mais dépeignent aussi la vie des Noirs, créent des héros noirs et apportent un divertissement exceptionnel aux townships noirs.

Après que les subventions soient abolies en 1989, Tonie van der Merwe s'est lancé dans l'industrie hôtelière. Il a récemment rencontré Benjamin Cowley, directeur général de Gravel Road Entertainment, une société de production au Cape Town, qui a fondé Retro Afrika Bioscope en vue de restaurer les films "noirs". Cowley a offert à van der Merwe l'opportunité de tourner son premier film après 25 ans.

Joe Bullet a fait de nouveau son avant-première dans une version restaurée et numérisée à l'occasion du 35ème Festival international du film de Durban. Depuis lors, les films "noirs" sont diffusés sur les chaînes nationales, et projetés au cinéma pour le plaisir de la génération sud-africaine qui est "née libre".

23 avril 2015
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