L'ACTEUR NOIR FACE AUX ECRANS BLANCS

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Isaac de Bankole dans le film RUN de Philippe Lacôte, copuright Francois-Regairaz

Débat : « L'acteur noir face aux écrans blancs »

Modéré par Wetsi Mpoma, avec Kadija Leclere (Directrice Casting), Kis Keya (Directrice Casting), William Kappoy (Acteur), Monique Mbeka (Scénariste, réalisatrice), Pieter Van Hees (Réalisateur), Serge Mpatha (Animateur Télé D6Bels).

La deuxième édition du Festival International du Film Africain de Belgique (FIFAB), a eu lieu les 18, 19 et 20 septembre 2015 à Bruxelles dans le quartier « Matonge », le quartier africain de la capitale. En plus des 20 films programmés, les cinéphiles et professionnels ont pu suivre plusieurs rencontres thématiques, notamment sur "l’acteur noir absent des écrans blancs", ou encore su la question de la production cinématographique africaine avec "Nollywood, ses héritiers et son cousin".

En ce qui concerne « L'acteur noir face aux écrans blancs », un constat ouvre le débat : celui de l'invisibilité des acteurs et actrices de couleur sur les écrans belges. Malgré la réalité du métissage de notre société, les media semblent puiser leurs personnages dans un monde parallèle, ne reflétant en rien cette diversité. S'il arrive de voir un acteur noir ou arabe à la télévision, il sera probablement relégué à des publicités pour des produits bien connotés (MacDonald, GSM, prêts bancaires), exclu de l'espace domestique et de tout topos traditionnel. Quels sont les facteurs de cet effacement ? Serions-nous face à un véritable racisme étatique ? Comment redonner alors une visibilité à toute une partie de la population qui en est privée ?

Selon Kadija Leclere, le problème se pose d'emblée à différentes échelles : de l'acteur au scénariste, des chaines de télévision aux différentes commissions du film, il n'y a pas de « couleurs » dans les lieux de pouvoir. On se demande alors si l'introduction de quotas, comme aux États-Unis, pourrait peut-être débloquer la situation. Mais, comme le fait remarquer Kis Keya, il s'agirait là d'une solution forcée, qui ne changerait en rien le désir des réalisateurs, des producteurs, des chaines de télévision, de se confronter à cette diversité. De plus, ajoute William Kappoy, le système des quotas est mis en place en fonction d'une visibilité dans l'espace social en général ; or, par rapport à d'autres états européens comme la France ou la Hollande, les noirs, par exemple, sont beaucoup moins présents en Belgique dans des fonctions publiques en général : l'image des media ne serait donc que le symptôme d'un effacement à une plus grande échelle .

Serge Mpatha (n.b. : le seul présentateur noir de la RTBF) insiste sur la nature fondamentalement économique de ce type de choix de la part des télévisions : tout est décidé en fonction de l'argent que ça peut rapporter. Or, les dirigeants commencent à prendre en considération le potentiel target des jeunes issus de l'immigration : la présence d'acteurs « colorés » sur les écrans risque donc d'augmenter de plus en plus de par ce facteur.

C'est en tout cas aux différentes communautés, insistent Serge Mpatha et William Kappoy, de changer le cours des choses, non pas en exigeant plus de visibilité, mais plutôt en proposant des projets irréprochables, en s'engageant avec ténacité dans une écriture propre et dans de nouveaux récits, ainsi que dans des formations de qualité, qui puissent susciter le désir et la confiance des productions : des parcours comme ceux de Marc Zinga, de Babetida Sadjo (nominée aux Ensor 2015), ou encore de Adil El Arbi et Bilall Fallah (réalisateurs de « Black ») en seraient la preuve. Cependant, remarque Kis Keya, reste à savoir pourquoi il y aurait d'emblée une exigence d'excellence, sans aucune marge d'erreur et d'incertitude possible, pour que certaines communautés puissent prétendre accéder à une visibilité, tandis que des projets médiocres de personnes blanches peuvent voir le jour sans problème.

Si l'on commence donc à voir une évolution pour le mieux dans la tendance à l'effacement de la diversité des media belges, il reste cependant beaucoup de chemin à faire. Et tous, du scénariste au producteur, de l'acteur au directeur de casting, ont un rôle à jouer dans ce changement.

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Photo: Isaac de Bankole dans le film RUN de Philippe Lacôte

 

22 septembre 2015
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