KEITH NURSE, PRESIDENT "3D DISTRIBUTION PROJECT"

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06 janvier 2015

L’expert trinidadien en entreprises culturelles Keith Nurse est le président du comité de pilotage du Projet de distribution 3D, soutenu par le Programme ACPCultures+. Le nom du projet fait référence à la distribution numérique, domestique et diasporique.

Q : Qu’est ce que le Projet 3D exactement et quels sont ses objectifs ?

A : Comme le titre suggère, le Projet de Distribution 3D est conçu pour atteindre divers objectifs spécifiques afin de prendre avantage des opportunités émergentes.

Premièrement, les plateformes numériques sont de plus en plus présentes; elles sont maintenant accessibles à une grande part de marché, et cela touche tout, de Netflix aux e-books et la téléphonie mobile.

Deuxièmement, le marché caribéen n’est pas restreint à certaines îles ou régions, mais comprend aussi la diaspora caribéenne. Cette diaspora a un pouvoir d’achat et un intérêt conséquents pour tout ce qui touche aux Caraïbes. Le troisième élément est domestique et comprend deux composants.

Nous avons besoin de s’introduire dans le marché caribéen, particulièrement à travers la diffusion sur internet et les autres plateformes. Je pense que la les créateurs d’émissions caribéens sont de plus en plus intéressés car ils ont vu la viabilité de leur contenu original localement, mais n’ont pas d’accès rapide à ce contenu dans un cadre commercial. Cela se résume vraiment au marketing et aux stratégies de l’entreprise.

Il y a également eu une prolifération des festivals de film régionaux, ainsi qu’un intérêt et une demande accrus pour le secteur de l’animation caribéen. Cela se remarque particulièrement par le fait que les réalisateurs ont de plus en plus d’opportunités de production, que ce soit pour des courts, des longs, des séries, ou des documentaires.

Le rôle de CaribbeanTales à cet égard est d’offrir aux différents partis un contenu dans une structure commerciale. Par exemple, une compagnie aérienne caribéenne utilise notre catalogue en ce moment pour sa programmation en vol. Avant cela, ils n’étaient pas en mesure d’approcher un fournisseur en particulier. Le mécanisme n’était pas en place – le marché n’était pas construit de manière efficace.

Le Programme ACP Cultures+, mis en place par le Secrétatiat des Etats ACP est l’un des partenaires principaux. Comment cela s’est-il passé et quel est leur rôle dans le projet?

Nous avons postulé pour une subvention à travers les fonds ACP Cultures+. Nous avons été en mesure de convaincre que nous avons la capacité de faire de la distribution – et la distribution est l’un des domaines spécifiques qu’ils avaient ciblés dans leurs critères de sélection. L’initiative 3D nous a permis d’utiliser la plateforme numérique pour relier tous nos marchés: CaribbeanTales TV, CaribbeanTales Flix, et CaribbeanTales Worldwide Distribution.

Quelle est votre opinion sur le positionnement actuel du cinéma caribéen? Fait-il des progrès ou tourne-t-il en rond ?

Hier, je suis allé voir Paddigton, le film, avec ma famille. Deux choses m’ont frappé. Le film comprend des chansons calypso d’Aldwyn  “Kitchener” Roberts, interpretées par Tobago Crusoe. L’industrie du film est variée; elle inclut la musique et tout une gamme de compétence. C’est stupéfiant de voir combien de personnes sont employées dans la production d’un film. De la fabrication des costumes au maquillage, en passant par la lumière, l’ingénierie du son… la liste est longue.

La deuxième chose qui m’a frappée dans le film est la question des droits d’auteur et quelle part de ceux-ci vont revenir aux Caraïbes. Est-ce une maison d’édition caribéenne qui s’occupe des droits d’auteur des musiques? Nous avons examiné cet obstacle psychologique du “nous pouvons aussi le faire”. Si nous avons encore besoin de validation culturelle, nous sommes vraiment dans le pétrin. Nous n’avons besoin de personne pour nous dire que nous avons des compétences.

A l’époque, le succès était défini par le fait d’être repéré par une société de distribution importante ou non. Pourtant, si on regarde ce qui a fait le succès du cinéma indien et nigérien, les distributeurs américains n’ont joué aucun rôle.

Comment voyez-vous le cinéma caribéen dans un, cinq et dix ans ?

Le marché du court va croître rapidement; les gens y accéderont depuis leurs appareils mobiles. Les fournisseurs régionaux de téléphonie vont devenir des partenaires de plus en plus importants dans ce procédé. Le phénomène des plateformes à la demande comme Netflix va créer des opportunités pour du contenu sous forme de séries, ce qui est plus rentable qu’un contenu unique. Le contenu sérialisé crée une clientèle loyale et stable. C’est à cette clientèle qu’il est possible par la suite de vendre des longs métrages.

Je pense aussi que le secteur de l’animation va se développer très rapidement.

Lisa Allen-Agostini pour Trinidad & Tobago Guardian Online

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