FREDERIC GISBERT, CHEF DE PROJET, ACTIONS DE COOPERATION CFI

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17 décembre 2014

ACPCultures+ a rencontré Frédéric Gisbert, responsable du projet « séries professionnelles », dont le but est de former des professionnels à la réalisation et production de séries télé en Afrique. Il nous livre une analyse pertinente et encourageante du secteur.

ACPCultures+ : CFI a mis en place depuis 2012 le projet « professional seriers » pour améliorer la qualité des séries africaines. Quels ont été les motivations à l’origine de ce projet ?

Nous avions remarqué, lors de nos rencontres avec les responsables de programmes de différentes chaines africaines partenaires de CFI, un intérêt croissant pour ce type de support, nous savions qu’il était devenu l’un des genres les plus consommés par les publics. Malheureusement les volumes produits localement ou régionalement étaient insuffisants et les chaînes se tournaient encore largement vers l’achat de séries étrangères. Nous avions aussi noté que la production des séries en Afrique était handicapée, d’une part par un manque de personnel qualifié en terme de nombre et de niveau technique, et d’autre part par la méconnaissance des producteurs et directeurs de production des standards à respecter pour rendre possible leur commercialisation à l’international. Nous connaissions les raisons de ses faiblesses : moyens financiers limités des productions locales, faibles échanges de compétences entre professionnels d’une même branche, non transmission des savoir-faire, manque de formation technique de base et de capacité d’adaptation à des outils nouveaux. Ce programme de formations était la meilleure réponse pour améliorer la qualité des séries africaines.

Frédéric Gisbert : En tant qu’observateur de l’industrie audiovisuelle africaine, quel constat faites-vous sur le développement de séries sur le continent africain ? Comment réagit le public ?

Le passage à la TNT prévu en 2015 pour l’ensemble des pays d’Afrique sera sans aucun doute l’un des facteurs de développement de ce type de programme, car comme je vous le disais, le public africain est en demande constante de nouvelles séries LOCALES, et les télévisions publiques ou privées devront satisfaire cette demande en investissant dans ce type de produit. Nous savons aussi que de grands groupes audiovisuels français souhaitent s’impliquer dans la production de séries. Certains pour alimenter directement leurs chaines, c’est le cas de Canal+, d’autres à travers la distribution, comme Lagardère. Tous les professionnels sont unanimes, notamment ceux rencontrés lors du dernier DISCOP : le téléspectateur africain souhaite regarder des séries qui reflètent leur réalité quotidienne, aux producteurs et chaines de télévisions de répondre à cette attente.

L’ensemble des partenaires du projet se sont réunis au DISCOP de Johannesburg (5 au 7 novembre) afin de faire un bilan de deux années de collaboration. Quel constat faites-vous après cette rencontre ?

Du coté des techniciens, ils ont trouvés ces formations utiles et bénéfiques, certains regrettant même qu’elles ne soient pas plus longues. Les techniciens formés sont devenus les professionnels de référence pour les producteurs partenaires du projet.

Un point faible cependant concernant les postes « d’encadrements », ceux de directeur de production et d’assistant réalisateur. Ces postes sont très souvent ignorés, ou alors ils ne correspondent pas aux responsabilités qu’ils devraient avoir. Nous avons insisté sur l’importance de ces postes, de leurs rôles dans la chaine de production et des conséquences néfastes d’une mauvaise préparation en amont de leurs projets.

Nous leur avons aussi conseillés d’éviter le cumul de responsabilités (réalisateurs, scénaristes, directeur de production ou régisseur) pour se consacrer, quand ils le peuvent, à leurs rôles : Produire.

A Johannesburg vous avez également organisé une session de coaching consacrée à l’exportation internationale, encadré par un expert spécialiste dans la distribution internationale. Quels ont été les résultats de cette session ?

Il en est sorti trois grands thèmes :

Le marché audiovisuel et les financements :

Les producteurs des pays de l’Afrique Francophone ne doivent désormais plus compter que sur le marché audiovisuel pour financer leurs projets car la politique des guichets telle que nous l’avons connue des décennies via l’OIF, CFI ou le MAEE, ne fonctionne plus. Les producteurs les mieux formés et les plus aptes aux changements seront les mieux lotis pour se positionner sur un marché qui est en train de croître fortement en Afrique. La venue de la TNT est une réelle opportunité pour les producteurs francophones de sortir de leur pays d’origine pour s’exporter partout en Afrique francophone dans un premier temps puis anglophone ensuite.

La venue d’acteurs importants de l’audiovisuel en Afrique :

L’implantation de Canal + via son rachat de Thema et la création d’A+ ainsi que l’implication grandissante de Lagardère en Afrique vont structurer et professionnaliser le marché francophone. C’est une réelle opportunité à saisir pour les producteurs. Mais ils doivent faire attention à se professionnaliser dans leur façon d’écrire, de produire, de tourner, de financer et de vendre leurs projets. Il ne faut pas attendre que ces gros acteurs du marché financent entièrement les productions qu’ils diffusent, il s’agit donc une fois de plus d’abandonner la politique des guichets pour se familiariser avec une politique de préachats, de coproductions et de ventes internationales.

Le potentiel commercial des productions audiovisuelles :

Cet évènement a mis en lumière le potentiel commercial d’une série sur la scène Africaine. Les producteurs partenaires ont saisi que l’enjeu était d’avoir des séries bien produites à destination d’un marché panafricain (francophone et anglophone) ou à destination des diasporas et qu’ils devront être plus flexibles, autonomes et volontaristes pour financer leur production. Ils doivent aussi être très attentifs à la chaine des droits (droits d’auteurs, droits musicaux, archives…) de leur production, les diffuseurs et distributeurs vont être très vigilants sur ce point.

 

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