FORCES ET FAIBLESSES DE L’ECONOMIE CREATIVE D’AFRIQUE DE L’EST

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Sculptures du Musée National d'Ouganda

Forces et faibles de l'économie créative d'Afrique de l'Est

Une étude, publiée par le British Council et intitulée "Scoping the Creative Economy in East Africa", analyse l’état de l’économie créative dans la région. Elle met en avant de nombreuses forces, mais également beaucoup de faiblesses dans l'économie crétive de l'Ouganda, du Kenya, et de la Tanzanie.

Les exportations de l’Ouganda en matière de biens et services culturels sont estimées à 20 millions de dollars (près de 70 millions de shillings ougandais) entre 2004 et 2008. Les industries de droits d’auteurs emploient environ 100.000 personnes de par le monde, selon une étude commandée en 2009 par la Commission Nationale de l’Ouganda pour l’UNESCO. Mais l’économie créative de l’Ouganda a cependant un certain nombre de faiblesses. Citons comme exemple le fait qu’un manque de financement de l’état signifie que même les plus grandes institutions culturelles, comme le Musée National, font face à un futur incertain.

Depuis les trois dernières années, la Fondation transculturelle de l’Ouganda (CCFU), a fait du lobbying auprès du gouvernement afin que celui-ci supporte la culture dans toutes les initiatives de développement, et consacre au moins un pour cent du budget national aux programmes de développement culturel. La directrice exécutive de la CCFU, Emily Drani, a observé que "Il existe une volonté politique limitée  et un financement réduit attribués au secteur culturel, qui se reflète par la faible priorité accordée au patrimoine culturel dans le programme de développement national."

L’infrastructure des TIC est par ailleurs toujours limitée aux régions urbaines puisque seuls 18 pourcent des Ougandais ont pour le moment accès à Internet. "Cependant, même dans les zones urbaines où les infrastructures TIC sont abondantes, elles sont à peine exploitées dans une optique de croissance des industries créatives", relate l’auteur et acteur Philip Luswata à DN2, magazine du Daily Nation.

L’étude de 2009 susmentionnée observe le fait que la Politique Culturelle Nationale de 2006 aborde à peine les formes traditionnelles de littérature, de musique et de danse, mais pas les économies créatives. Cette étude est le premier instrument compréhensif qui prend en compte la diversité culturelle du pays, et a été formulée afin de guider les systèmes formels et informels de la gestion de la culture  à tous les niveaux.

Le gouvernement admet dans cette étude que les aptitudes dans le sous-secteur culturel sont généralement inadéquates. Ces aptitudes concernent un personnel qualifié, du matériel, et de l’équipement, tous trois limités, ainsi qu’une connaissance sur marché pour les produits, une infrastructure et une coordination. Ce statu quo sape le potentiel de la culture à contribuer au développement national.

La situation au Kenya n’est pas très différente. C’est de loin le pivot central créatif et économique de l’Afrique de l’Est, mais une récente étude montre que le pays a également de nombreuses faiblesses qui se propagent dans les pays voisins. L’étude, publiée par le British Council et intitulée "Scoping the Creative Economy in East Africa", analyse l’état de l’économie créative dans la région et confirme que le Kenya est lui aussi un pivot central d’importance continentale, qui offre un fort potentiel de compétition et de collaboration avec l’Afrique du Sud et le Nigéria. Nairobi, comme le démontre l’étude, a attiré certaines multinationales telles que Microsoft, IBM et Google, puisque le pays possède les universités, infrastructures, et dynamisme qui font de lui un leader naturel de la région.

Mais le conte se termine là. En contraste avec ce qui a été dit ci-dessus, l'absence totale de financement - pour le Théâtre National du Kenya par exemple - par le gouvernement signifie que la scène artistique locale n’est plus que la coquille vide de ce qu’elle était autrefois.

Selon l'étude, publiée en mai l'année dernière, il existe un manque de formation et de compétences dont sont victimes les professionnels des films et de la télévision locaux, ce qui signifie que la qualité du produit visuel et sonore est parfois à désirer. "Ceci est tout à fait évident dans le manque de professionnalisme de l'industrie cinématographique locale, et dès lors la plupart des Kenyans préférent regarder des séries mexicaines bon marché et des films Naija," a déclaré Tabu Osusa, directeur exécutif de Ketebul Musique, basé à Nairobi. L'étude du British Council montre également que la qualité de la publicité, en particulier à la télévision, est faible par rapport à celle des marchés internationaux, et Osusa approuve, en disant que cela pourrait être dû à un manque de créativité de la part des créateurs de ces annonces.

 

Forces et faiblesses

L’étude observe que l’économie créative d’Afrique de l’Est possède un certain nombre de forces, notamment une distinctivité culturelle, des traditions très fortes, et un flair réel dans tous les secteurs créatifs, y compris celui de la musique, de l'artisanat, de la mode, des arts visuels, du cinéma et - de plus en plus – dans les industries de contenu numérique.

L’industrie du film, en Tanzanie notamment,  est indubitablement forte, mais les tentatives du gouvernement de renforcer la protection du copyright par l’estampage des films sont vues comme une faible tentative de réprimer les violations de droits d’auteur.

L’économie créative de la Tanzanie est forte dans les domaines de la musique et du cinéma, ce qui est en partie dû au fait que la langue Kiswahili, avec plus de 130 millions de pratiquants, ainsi que l’Anglais rendent possible un accès au marché panafricain. Cette économie créative est cependant massivement sous-développée et souffre d’un manque de confiance, d’expertise et d’expérience. Les secteurs de l’artisanat, du design et de la mode sont également forts, et possèdent une solide connexion esthétique avec les communautés tribales et les identités du pays. La professionnalisation, les capacités et les relations avec les marchés sont cependant tous des handicaps majeurs pour le développement de ce secteur.

Selon l’étude ’Scoping the Creative Economy in East Africa’ (“Déterminer la Portée de l’Economie Creative en Afrique de l’Est”), la Tanzanie manque de canaux de distribution appropriés pour la distribution des films réalisés, et les cinéastes sont généralement assez naïfs dans la manière dont ils structurent leurs offres et sont systématiquement arnaqués. L’étude note par ailleurs qu’un visa d’entrée dans le pays pour tout artiste coûte plus de 1000 dollars US (environ 3.5m de shillings tanzaniens), ce qui rend la collaboration artistique internationale difficile. "C’est un système de pensée très archaïque où, après avoir échoué dans leur renforcement des structures fiscales disponibles, le gouvernement préfère ‘surtaxer’ pour permettre à ses organes d'escroquer les artistes et les institutions artistiques de promotion à travers de nombreuses taxes, dont le visa de l'artiste fait partie", nous dit le Dr Martin Mhando, cinéaste et universitaire tanzanien majeur.

Selon l’étude du British Council, le système éducatif n’est pas adapté non plus pour répondre aux exigences de toute économie éducative. "Le gouvernement devrait encourager une vision commerciale des arts et de l’éducation, pour la création, le financement et le développement d’un système où les étudiants en arts seraient encouragés à réaliser des entreprises même au niveau scolaire, pour qu’ils puissent se rendre compte que les arts rapportent", ajoute le Dr Martin Mhando

M. Yusuf Mahmoud, directeur exécutif de Busara Promotions (organisateurs du festival de musique annuel de Sauti za Busara, à Zanzibar), déplore que même après onze éditions réussies successives, le festival ne reçoit toujours absoulument aucun support financier des deux gouvernements de Tanzanie et de Zanzibar

Enfin, les salaires généralement trop bas, de mauvaises conditions de travail et des opportunités limitées pour trop de gens talentueux font partie des principales faiblesses identifiées par l'étude. L'économie créative d’Afrique de l'Est est également caractérisée par le manque d’éducation créative ainsi que par les faibles niveaux d’entreprenariat, de gestion et de leadership dans le domaine des arts et de la culture; sans oublier les faibles niveaux d’alphabétisation dans la population en général.

 

Quel avenir pour l’économie créative en Afrique de l’Est ?

L’économie créative de l’Afrique de l’Est peut dès lors être considérée comme étant fragile, fragmenté même, à un stage précoce de son développement. Bien qu’il existe de fondamentales différences entre les pays, il y a de nombreux problèmes communs qui maintiennent le secteur en arrière. Ces problèmes incluent la corruption généralisée, des systèmes bureaucratiques et incompétents d’une autre époque, un manque fondamental d’infrastructures, et évidemment une pauvreté systémique.

Si l'économie créative d’Afrique de l'Est désire croître à l’avenir, il devrait exister des efforts pour promouvoir l'éducation créative, les services financiers et légaux, la fusion de la culture et de l'économie créative, mais aussi la mise en avant d’un besoin de projets à grande échelle qui pourraient vraiment changer l'opinion et à la croissance des marchés d'exportation des produits créatifs.

 

Source: Daily Monitor

29 janvier 2016
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