FESTIVAL DE CANNES 2015

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03 juin 2015

Entretien avec Ama Ampadu, productrice du film «Lamb», présenté au Festival de Cannes 2015

Produit par Slum Kids Films - une société basée en Éthiopie que la ghanéenne Ama Ampadu a cofondée avec le réalisateur Yared Zeleké, pour soutenir le secteur cinématographique du pays – « Lamb » a été sélectionné dans la section « Un Certain Regard » du festival du film de Cannes en 2015. Cette section est destinée à mettre en évidence des œuvres audacieuses, innovantes, qui sortent des sentiers battus et le film de Zeleké convient parfaitement à cette ligne éditoriale. Afin de soutenir l'industrie cinématographique éthiopienne, 600.000 € ont été investis dans le pays. L'impact sur l'économie du secteur de la production cinématographique a été phénoménal.

Comment le film a-t-il été reçu au Festival de Cannes?

La projection s’est incroyablement bien passée, c’était vraiment super. Nous avons eu beaucoup de chance car nous avons reçu une forte couverture médiatique et d'excellentes critiques. Nous avons embauché des attachés de presse français et internationaux, qui ont fait un très bon travail. Le film dévoile un petit coin de paradis dans la Corne de l'Afrique. Au cours de ces deux dernières décennies, l'image de l'Éthiopie a été ternie. Dans l’imaginaire collectif, l’Éthiopie est directement lié à la famine. « Lamb » parle du pays de manière délicate et subtile - en évitant les clichés - de manière à permettre une compréhension nuancée de ses complexités et de ses contradictions. Ce n’est pas partout la misère. La vie peut être une lutte, mais elle est aussi remplie d'amour, de rires et d’humour, comme partout ailleurs.

Quand est-ce que vous prévoyez distribuer le film?

Le film sera distribué en France le 30 Septembre, suivi par les sorties allemande et éthiopienne.

Savez-vous si le film a été vendu à d'autres territoires?

Notre agent de vente, Films Distribution, a fait un excellent travail. A Cannes, le film a été vendu au Danemark, au Mexique, à Taiwan, en Turquie, et en Asie du Sud entre autres. Nous avions déjà la distribution française, allemande et suisse avant le festival de Cannes. La société est encore en négociation avec d'autres territoires.

Comment avez-vous impliquée dans le développement du film?

Je connaissais déjà Yared Zeleké et j’avais vraiment apprécié ses premiers courts métrages. Quand j’ai lu le script, j’ai tout de suite réalisé qu’il y avait matière pour un long métrage. J’ai commencé la recherche d'un partenaire solide et nous avons réussi à trouver Gloria Films Production, l'agent de vente international Films Distribution et le distributeur français Haut et Court. J’ai suivi le projet à chaque étape: le financement, le développement du script, le casting, l'équipe, les repérages, le tournage et la post-production aussi.

Pourquoi avez-vous ouvert une société de production en Éthiopie?

Ce film est une étape importante afin de construire une industrie audiovisuelle forte en Éthiopie. J’ai crée une société en Éthiopie principalement pour travailler sur le film de Yared mais aussi pour travailler avec les jeunes locaux. Nous avons eu de jeunes professionnels impliqués dès le début. Je peux dire maintenant que l'Éthiopie est prête à recevoir d’autres productions internationales.

Avez-vous reçu un financement du gouvernement éthiopien?

Nous avons reçu un grand support de la compagnie aérienne Ethiopian Airlines. Tous les billets internationaux et locaux pour le casting étaient gratuits. De même, nous n’avons pas payé pour transporter les équipements. Nous n’aurions probablement pas pu livrer le film à temps, sans ce soutien généreux.

Pensez-vous que le film va changer les priorités du gouvernement éthiopien sur le secteur culturel?

Les autorités éthiopiennes ont réalisé l'importance du secteur de l'audio-visuel pour l'image du pays. Le ministère de la Culture a compris l'importance que les images peuvent avoir pour promouvoir la culture éthiopienne sur une grande échelle. Je pense que les autorités sont prêtes à aider la production de nouveaux films.

Pouvez-vous mesurer l'impact du film sur le pays?

L'impact a été énorme. Nous avons auditionné plus de 6000 personnes pour les rôles et formé des centaines de personnes lors de nos ateliers d'acteurs. Nous avons aussi formé des techniciens son et lumière, des assistants de production, de habilleurs et scénographes, des line producers, tous issus d'Éthiopie. Tous ces professionnels savent maintenant comment un film international fonctionne.

Nous avons contribué à la croissance de l'économie éthiopienne en dépensant beaucoup d'argent dans le pays, non seulement sur les acteurs, mais aussi dans les hôtels, les voyages et la restauration.

Nous tenons également à remercier le programme ACPCultures+. Sans ce soutien, la réalisation du film n’aurait pas été possible. Il y a très peu de moyens pour financer ce genre de projets dans les pays ACP. Nous avons vraiment besoin d'une institution comme le Secrétariat ACP pour soutenir la culture dans la région.

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