ERIC NÉVÉ, PRODUCTEUR DE LADJI NYÉ

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11 juin 2015

Ladji Nyé, photo de tournage, ©lachauvesouris 

Producteur courageux et engagé, Eric Névé est le producteur du premier film de Daouda Coulibaly, Ladji Nyé. Une vision actuelle et moderne de la société malienne. Le film est en tournage en juin au Sénégal et au Mali

Qu'est qui vous a poussé à produire Ladji Nyé?

Deux choses: le sujet, le talent du réalisateur. J’ai déjà produit de nombreux premiers films d’auteurs aujourd’hui confirmés (Jan Kounen, Frédéric Schoendoerffer, Romain Gavras, Kim Chapiron etc…) car j’adore la vitalité, la sincérité, les promesses que recèlent une première œuvre. Je fais d’abord confiance à mon instinct et j’ai immédiatement été séduit par Daouda que j’ai rencontré au Festival de Locarno en 2012. Je l’ai trouvé très structuré, avec un point de vue personnel et pertinent sur les choses, sachant exactement où il voulait aller. Et de surcroit il avait envie de faire un film de genre, un thriller aux accents politiques, genre que je connais et aime profondément, sur un sujet qui me passionne, l’irruption récente du narco-trafic de cocaïne en Afrique de l’Ouest.

Le film est en tournage maintenant au Sénégal. Est-ce que c'est un tournage difficile?

Très difficile car nous avons énormément de décors différents (techniquement, c’est l’un des aspects les plus dur à gérer au cinéma). Nous avons changé 4 fois de camp de base (Thiès, Saly, Dakar et Bamako). Par ailleurs, au quotidien, ce genre de film demande beaucoup de plans donc une intensité de tournage toujours au maximum. C’est une épreuve physique, compliquée par la chaleur. 

Est-ce que ça été difficile de financer ce film?

Ladji Nyé, photo de tournage

Oui, l’un des plus difficiles que j’ai jamais produit, une difficulté liée à son genre (le thriller). Le genre fait que les aides françaises, éditorialisées pour soutenir un cinéma d’auteur classique (alors qu’on peut faire du cinéma d’auteur de genre, exemple Martin Scorsese) ont toutes refusées le projet (avance sur recettes, aide au cinéma du Monde). Heureusement que le Programme ACPCultures+ ne fonctionne pas sur ce modèle et qu’il laisse aux artistes le choix de leurs sujets et de la manière dont ils le traitent. ACPCultures+ a été le premier à nous soutenir, sans ce soutien le film n’existerait pas. Orange, Canal Plus et TV5 ont suivi.  

Quelles sont les retombées économiques pour les pays africains (où se déroule le tournage)?

Les retombées directes sont simples: on y dépense beaucoup d’argent. Les techniciens africains travaillent  alors qu’il y a très (trop) peu de films localement produits, d’autres sont formés, tous complètent leur bagage technique au contact des techniciens venus de France. Ensuite, c’est tout l’environnement économique du film qui en bénéficie: hôtellerie, restauration, transports etc… et enfin l’Etat qui, avec la fiscalité indirecte, encaisse une bonne partie de ces retombées économiques. Bref, un tournage, pour une région, c’est un effet d’aubaine. Il y a bien une raison pour laquelle toutes les régions du monde cherchent à attirer les tournages et multiplient les avantages destinés à les appâter. 

Est-ce que vous avez formé ou engagé beaucoup de techniciens / opérateurs africains?

Côté formation, nous avons organisé à Dakar, en collaboration avec la Direction de la cinématographie sénégalaise, une semaine de partage de connaissances. Je ne suis pas formateur, laissons ce terme à ceux dont c’est le métier, nous avons simplement ouvert à ceux que cela intéressait tous les secrets du film. Ce travail, de l’avis de ceux qui y ont assisté, a été novateur, pragmatique et très très enrichissant. Ensuite, sur le film en lui-même, nous avons globalement une équipe à majorité africaine ainsi que de très nombreux stagiaires. De ce point de vue, et c’est quelque chose qui me tient à cœur, le film est un succès. De nombreux jeunes auront fait leurs débuts sur ce film, j’en suis très fier. Je partage complètement les objectifs du programme ACPCultures+.

Ladji Nyé, photo de tournage

Comment allez-vous distribuer le film en Europe?

Ceux qui vont vendre le film à l’international sont Orange Studio et Indie sales. Orange dispose de moyens financiers importants, Indie une compétence unique pour les films d’auteurs (trois films sélectionnés à Cannes cette année). Ensemble, ces deux entreprises vont sélectionner un réseau de distribution adapté au film, un maillage complet du territoire européen car je crois beaucoup au potentiel commercial du film. 

Quelles mesures faudrait-t-il adopter pour mieux faire connaitre le cinéma africain en Europe?

Pour que le cinéma africain se fasse connaitre, il faut déjà qu’il existe. Ce que fait le programme ACPCultures+ est top, il faudrait qu’il soit plus doté pour pouvoir aider plus de films. Par ailleurs, c’est assez simple, il faut encourager les distributeurs en salles à prendre des films africains et donc les soulager du risque financier que constituent les coûts de sortie en en finançant une partie. A travers le fonds MEDIA (Europe Créative), c’est déjà possible.

 Ladji Nyé, photo de tournage

Crédits photos: ©lachauvesouris

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