EMMANUEL MWANYONGO, MUSICIEN

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18 septembre 2015

Emmanuel Mwanyongo, musicIEN

“Pendant la préparation de mon voyage, obtenir un visa pour la Lettonie a été un véritable parcours du combattant”

Un jeune musicien a été sélectionné par le Conseil international de la musique pour réaliser un voyage d’étude en Europe

 

Grâce au Programme pour le développement de la musique africaine vous avez eu l’opportunité de voyager en Lettonie. Est-ce qu’il vous arrive souvent de voyager ?

Je suis quelqu’un qui aime beaucoup voyager, cependant, et cela peut paraître assez ironique, l’année dernière à la même époque, je n’avais encore jamais quitté mon pays natal (Malawi), sauf pour aller en Zambie, un pays voisin à l’ouest de Malawi. Cette année, j’ai donc eu beaucoup de chance de pouvoir me rendre au Zimbabwe et en Lettonie grâce à l’amabilité du Conseil international de la musique (IMC) qui est à l’origine du Programme de développement pour la musique africaine (AMDP).

Quand avez-vous appris que vous étiez sélectionné pour participer au voyage d’étude ?

L’IMC organisait l’inauguration de l’ "Impact Music Conference" qui se déroulait à Harare au Zimbabwe. Parmi les jeunes entrepreneurs créatifs d’Afrique, j’ai eu le privilège d’être l’une des deux personnes sélectionnée pour présenter un discours lors de la conférence. J’étais très excité d’apprendre que j’allais voyager par la voie des airs – avant ce voyage, je n’avais jamais mis un pied dans un avion même si grâce à ce que l’on voit dans les films, j’avais une idée de ce que cela pouvait être. C’était vraiment incroyable de pouvoir apprécier une autre facette de l’Afrique et la conférence s’est très bien passée.

Quelques semaines après la conférence au Zimbabwe, je suis tombé sur une annonce en lisant la page Facebook de l’AMDP. Elle proposait aux jeunes entrepreneurs créatifs d’Afrique de soumettre leurs candidatures pour réaliser une présentation au 5e Forum européen de la musique. L’évènement avait lieu en Lettonie, sur le thème “L’accès à la musique est-il désormais numérique ?” L’idée d’aller en Europe m’a tout de suite enthousiasmé et c’est sans hésitation que j’ai envoyé ma candidature. Pour le reste c’est du passé ! Ma candidature a été retenue et j’ai commencé à préparer mon voyage.

Quel a été le moment le plus difficile à gérer pendant votre voyage ?

Pendant la préparation, obtenir un visa pour la Lettonie a été un véritable parcours du combattant. Malawi n’a pas de relations diplomatiques avec la Lettonie, j’ai donc dû m’orienter vers un autre pays pour obtenir le visa Schengen dont j’avais besoin. C’est-à-dire que j’ai dû me rendre en Afrique du sud afin de faire ma demande de visa au Consulat de Lettonie. Cela n’était pas gagné. Fort heureusement, l’Ambassade de Suède en Zambie avait fait des réservations pour moi et j’ai pu faire ma demande auprès de cette ambassade. Autrement dit, j’ai dû faire près d’un millier de kilomètres de route de Blantyre (Malawi) jusqu’à Lusaka (Zambie). Mais cela en valait la peine car j’ai par la suite obtenu un visa Schengen valide pour un an.

Qu’est-ce que vous pouvez nous raconter de ce voyage ?

Le 9 juin 2015, ce long périple a finalement commencé. C’était la première fois que je voyageais en dehors de l’Afrique et j’étais excité à l’idée de découvrir un autre continent. Lors de notre première escale à Addis Abeba, j’ai été fasciné par les infrastructures de la ville. C’était également la première fois que je me rendais en Afrique de l’est. En arrivant à Francfort le lendemain, j’ai senti un frisson d’excitation me courir dans le dos. C’était un monde complètement différent du mien. Tout était différent – c’était comme débarquer sur une nouvelle planète. C’est à ce moment-là que j’ai vraiment pris conscience que nous étions bien en Europe.

Je suis arrivé en Lettonie, à Riga, quelques heures plus tard et ce que j’avais ressenti à l’aéroport de Francfort se prolongeait. J’étais impressionné de voir à quel point les gens sont organisés. La façon dont les chauffeurs de taxi conduisaient puis la réception de l’hôtel, c’était comme dans un rêve. La Lettonie est un pays riche de culture et les gens apprécient beaucoup la musique. J’ai eu de la chance que mon hôtel soit situé dans la vieille ville de Riga, qui est le centre culturel et touristique de la ville. Pour un amateur de culture comme moi, c’était juste parfait !

Le jour J est ensuite arrivé : le jeudi 11 juin 2015 avait lieu l’ouverture du 5e Forum européen de la musique. La cérémonie d’ouverture était époustouflante ! Nous étions invités à une soirée de musique et de danse traditionnelle lettone animée par des étudiants et des jeunes diplômés de la classe d’ethnomusicologie de l’Académie lettone de musique Jazeps Vitols (JVLMA). Je me suis senti très à l’aise pendant cette cérémonie, c’était comme si j’avais été chez moi.

Qu’avez-vous découvert ?

Le jour suivant, les présentations et les débats ont commencé à l’Académie JVLMA. C’est aussi ce jour-là que j’ai fait ma présentation. Le sujet traitait du statut actuel des ventes numériques de la musique en Afrique et évoquait également Kwacha Box – une plateforme numérique que je suis en ce moment en train de développer, et qui aiderait les artistes et les maisons de disque à générer quelques fonds dans le secteur du numérique. J’étais très content de voir que de nombreux participants étaient désireux d’en savoir plus sur l’étendue des ventes numériques à Malawi et en Afrique en général, ainsi que sur le projet Kwacha Box.

Le lendemain, nous avons voyagé jusqu’à Cēsis, une petite ville en Lettonie où se poursuivait la conférence. Tout comme la veille, cette journée fut riche en enseignements. Je commençais à saisir l’importance de l’éducation musicale (qui n’est pas très développée à Malawi) et cela m’a donné l’idée de monter un centre musical d’information dans mon pays. Le temps fort de ma journée fut de pouvoir assister en direct au concert d’un orchestre dans une salle récemment ouverte et spécialement conçu à cet effet. C’était la première fois que je voyais un orchestre jouer, sans prendre en compte ceux que j’avais vu dans les films bien sûr, et j’ai aussi beaucoup aimé la salle de concert – de telles salles n’existent pas encore dans mon pays. Nous avons également profité du buffet qui était proposé dans le jardin du château médiéval de Cēsis. C’était un moment rafraichissant qui a aussi permis d’initier davantage de dialogue avec les délégués de l’IMC et de l’EMC (Conseil européen de la musique)

Le dimanche 14 juin 2015, j’ai eu la chance d’assister à la réunion annuelle de l’EMC et le temps était également venu de dire au revoir aux nouveaux amis que j’avais rencontrés au cours de cet évènement. Alors que les délégués s’en allaient les uns après les autres, je me réservais de mon côté un peu de temps pour faire petit tour à travers la ville de Riga étant donné que mon vol était seulement prévu pour lundi.

J’étais de retour chez moi deux jours après, fatigué par le décalage horaire mais très stimulé par les connaissances acquises ainsi que les amitiés que j’avais nouées en Europe. Ce voyage a changé ma vision du monde et a donné un nouvel entrain à ma passion pour la musique. Après cette expérience en Europe, il est certain que ma vie ne sera plus jamais la même !

 

 

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