DOMINIQUE GILLEROT, COORDINATRICE DU PROJET LITTAFCAR

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28 juillet 2015

« Intersections littéraires d'Afrique et des Caraïbes » : un projet de coopération circulaire Afrique-Europe-Caraïbes

Entretien de Raphaël Thierry avec Dominique Gillerot, administratrice déléguée de l’ONG Coopération Education Culture, coordinatrice du projet Littafcar

Raphaël Thierry :Avant toute chose, j’aurais aimé vous demander comment le projet Littafcar s’est agrégé au travail du CEC au départ. Était-ce une demande initiale du Secrétariat ACP ? Comment est née l’idée d’un réseau de promotion des littératures d’Afrique et des Caraïbes ?

Dominique Gillerot : Il s’agit plus d’une continuité par rapport au travail que CEC mène depuis près de 40 ans dans la promotion et la diffusion des littératures d’Afrique et des Caraïbes. C’est aussi la suite de contacts que nous entretenons depuis des années avec les acteurs du livre, qu’ils soient éditeurs, auteurs, basés en Europe ou ailleurs et, à côté de cela, un travail que nous menons de longue date avec des acteurs culturels en Afrique et en Haïti, principalement.

Des contacts existaient déjà depuis un petit temps avec des structures autour de projets en cours de gestation entre CEC et des partenaires. Pour citer un exemple : Ishyo partageait la mission et les modes d’intervention que CEC s’était donnés dans la promotion des littératures. Dans un premier temps, il leur fallait avant tout un renforcement de leur bibliothèque. Parallèlement à cela, on avait des demandes similaires d’autres centres culturels. L’idée a vu le jour de créer un réseau entre ces différentes initiatives autour de la promotion du livre et de la littérature.

RT : L’idée « d’ACP » était une volonté initiale des partenaires du CEC, ou bien a-t-il fallu, en plus du centre Ischyo, établir une sélection, un choix des partenaires de votre ONG pour créer le projet Littafcar ?

DG : Oui, il a fallu faire un choix. Car c’était une exigence du Programme ACPCultures+, c’est-à-dire qu’il devait y avoir trois partenaires du Sud, d’au moins deux régions différentes. Le choix des partenaires s’est donc basé sur les relations que nous avions à la fois en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. A côté d’Ishyo (Afrique Centrale et de l’Est), nous avons opté pour un partenaire béninois, Artisttik Africa.A côté de cela, nous avons adressé une demande à la FOKAL en Haïti, avec qui nous travaillions également depuis quelques années.

RT : Peut-on alors décrire un peu plus l’intérieur du projet ?

DG : L’idée de départ, c’est de faire en sorte que chaque centre devienne un centre de référence dans les littératures francophones de sa sous-région. Nous avions l’Afrique centrale, de l’Ouest et les Caraïbes. Et donc effectivement, la priorité a été d’établir des listes pour chaque partenaire, avec l’intervention de CEC. Cela fait de nombreuses années que nous alimentons notre bibliothèque qui est spécialisée en littératures d’Afrique et des Caraïbes. Nous avons donc une base importante et avons fourni des listes aux partenaires, qui les ont eux-mêmes complétées avec des publications locales essentiellement, des livres auxquels CEC a moins accès. C’était donc la première phase et, ensuite, il a fallu passer les commandes.

RT : Et qu’en est-il d’Haïti, qui a été le foyer d’un processus de soutien international après le tremblement de terre de 2010 ? Le projet Littafcar se structure à travers un très large espace, et l’idée ne concerne pas un pays en particulier, mais plutôt une dynamique de réseau.

DG : Le centre de la FOKAL a été assez bien préservé du tremblement de terre, son bâtiment n’a pas souffert, sa bibliothèque non plus. Ils avaient déjà une très, très belle collection. On veut créer un fonds bien spécifique, devenir un centre de référence… Ce n’est pas la même chose que d’approvisionner des bibliothèques de proximité ou des bibliothèques publiques en livres… Ce qui est important, c’est que les centres, qui deviennent des centres de référence se spécialisent, accumulent toute une forme de connaissance, et peuvent alors servir de conseil, de relais pour des organismes comme BSF.

RT : Ces structures deviennent alors des opérateurs centraux sur place. Mais à quels publics s’adressent-elles ? Comment devient-on un centre de référence ? Auprès de quel public ?

DG : Je dirais que c’est assez large, dans le sens où la volonté est que ce soit une bibliothèque ouverte au public, comme n’importe quelle bibliothèque publique. Il y a une réelle promotion des centres à réaliser auprès d’un public aussi large que possible. Il est également important de souligner le fait que tous les centres sont situés dans des quartiers où il y a beaucoup d’écoles et où le but est simplement d’offrir une bibliothèque.

RT : Cela me mène à cette deuxième dimension du projet : il y a la bibliothèque « concrète » et cet espace numérique qui se développe et qui va permettre de toucher un public de plus en plus large. Mais comment est-ce que cela est pensé pour les cours, mais aussi pour la valorisation des collections présentes ?

DG : Chacun d’entre nous réalise un travail de valorisation des actions qui sont menées. Il faut savoir qu’il y a les bibliothèques mais les partenaires sont des agents culturels qui organisaient déjà bien avant le projet, des rencontres littéraires, des lectures, des spectacles… Ils sont pluridisciplinaires et réfléchissent à différentes manières d’amener le public vers le livre. Nous avons donc créé un site internet. L’idée étant aussi de réfléchir à « l’après financement », qui ne doit pas être « l’après projet ». A ce sujet, on devait mettre en place des outils qui pourront perdurer dans le temps.

Bien sûr, nous allons ensuite aller à la recherche de nouveaux financements. Il y a un travail collaboratif, qui est aujourd’hui augmenté par la très prochaine mise à disposition de modules de cours en ligne à destination des publics des centres partenaires et au-delà. La volonté est de toucher un large public qui in fine arrivera à s’intéresser plus au livre, fréquentera plus assidument les bibliothèques, etc.

Par rapport au développement des cours en ligne, on a donc commencé par développer un module de cours consacré aux littératures africaines, qui sera bientôt accessible aux publics. Ce module sera le premier d’un ensemble de modules qui seront progressivement intégrés au sein de la plate-forme LITTAFCAR. Ces modules peuvent être d’excellents compléments pour les enseignants qui enseignent dans des régions différentes. Et en plus, ces livres sont accessibles dans la bibliothèque des centres.

RT : Comment imaginer un financement au-delà d’ACPCultures+? Solliciter à nouveau celle-ci à la fin ? Comment imagine-t-on un projet comme celui-ci, construit sur le long terme, sur un encore plus long terme ?

DG : Ce projet mérite d’être soutenu encore. Il a été conçu afin que le réseau puisse continuer après le financement ACP/UE étant donné qu’il a permis la mise en place d’outils importants sur lesquels la vie de réseau peut s’appuyer. Les trois centres avec lesquels on travaille sont des structures qui existent depuis une dizaine d’années au moins, elles ont donc une certaine assise. Je pense que c’était aussi le point de départ de ce projet, à savoir de s’appuyer sur la solidité de départ des structures partenaires.

Nous avons encore de nombreux projets dans la tête dans ce sens. Deux pistes de réflexion méritent d’être encore approfondies : comment soutenir à travers le réseau les jeunes auteurs et la dynamique littéraire dans les différentes régions ? Comment utiliser le numérique pour soutenir de la création à la diffusion des œuvres ? Notre volonté est de trouver d’autres financements pour augmenter la réflexion autour de la plateforme de cours

Pour la suite de Littafcar, je pense que nous pourrons aussi chercher des financements pour des opérations bien déterminées afin de pouvoir déployer des activités qui soutiennent les pistes mentionnées précédemment. On a développé un concept. Maintenant il faut l’approfondir. Il faut prendre sa place aussi et dire « on est là, on existe ».

Lire l'interview intégrale sur Littafcar.org

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