DOMINIQUE GILLEROT, COORDINATRICE DU PROJET LITTAFCAR

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20 décembre 2013

Dominique Gillerot © CEC

Dominique Gillerot, administratrice déléguée de l'ONG belge Coopération Education Culture, est coordinatrice du projet bénéficiaire Littafcar.  Celui-ci a pour objectif de valoriser le patrimoine littéraire francophone d’Afrique et des Caraïbes à travers le monde. Il prévoit la mise en réseau de quatre centres culturels, la constitution d’un fonds spécialisé dans chacune des bibliothèques des centres, la création d’une plateforme web permettant des actions de formation à distance et la mise en œuvre d’une politique de communication sur ce patrimoine littéraire. L’impact des technologies numériques dans la diffusion, la promotion et l’accessibilité du livre et des littératures d’Afrique et des Caraïbes est au cœur du projet Littafcar. Alors qu'a été récemment inauguré à Bruxelles l'Espace Aimé Césaire, Dominique Gillerot détaille le déroulement du projet. 

Inauguration de l'Espace Aimé Césaire, le 28 octobre 2013, à la Maison de la Francité à Bruxelles © SACP

Le 28 octobre 2013 a été inauguré l’Espace Césaire à Bruxelles. Quelle est la fonction de cet espace ? Comment celui-ci s’intègre-t-il dans le projet Littafcar ?

L’espace Césaire est né de la fusion des bibliothèques de l’Ong Coopération Education Culture (CEC, porteur du projet LITTAFCAR) et de la Maison de la Francité à Bruxelles. Cet espace dédié aux cultures francophones comprend le fonds spécialisé en cultures et littératures d'Afrique et des Caraïbes et des diasporas (le fonds de CEC), ainsi que des ouvrages consacrés à la langue française, à son histoire, ses variantes et sa présence dans le monde (fonds de la Maison de la Francité). Cet espace multimédia comprend également des revues et des DVD.

CEC est une Ong culturelle qui, depuis plus de 35 ans, concentre son action sur la promotion et la diffusion des cultures et littératures contemporaines d’Afrique et des Caraïbes, à partir de sa bibliothèque spécialisée. L’objectif est de promouvoir les richesses culturelles de ces régions et par ce biais culturel, favoriser le respect des différences et des identités culturelles plurielles. CEC entend contribuer ainsi à un dialogue interculturel véritable et à l’émergence d’attitudes nouvelles.

La Maison de la Francité est une association qui assure la promotion de la langue française et de la francophonie internationale, dans un esprit d'ouverture et de modernité.

En réunissant ces deux fonds, le nom d’Aimé Césaire s’est naturellement imposé à nous.  En tant que personnalité historique et littéraire emblématique universelle, l’identité d’Aimé Césaire cristallise une belle synthèse des objectifs que nos organismes poursuivent ensemble.

Le nom « Espace Césaire » permet d’évoquer les littératures d’expression française et l’émergence d’une francophonie internationale et multiculturelle, l’ouverture de ces littératures sur le monde, l’écriture créative, la lutte contre les stéréotypes, la diversité culturelle, l’activisme intellectuel, et le rôle des littératures dans la compréhension des réalités sociales, économiques, politiques et culturelles des pays ACP. Césaire, en tant que co-fondateur du mouvement de la négritude, incarne pour nous également la rencontre aux intersections des espaces littéraires d’Afrique et des Caraïbes et bien au-delà.

L’espace Césaire fait partie aujourd’hui du réseau LITTAFCAR.ORG. Il s’agit d’un réseau de centres culturels qui, à travers le monde, partagent la mission de promouvoir les littératures d’Afrique et des Caraïbes. Ce réseau, initié par CEC, implique aujourd’hui déjà trois autres centres situés au Bénin, au Rwanda et en Haïti, avec leurs bibliothèques : les bibliothèques Monique Calixte et Katherine Dunham de la FOKAL, la bibliothèque Nicéphore Soglo du Centre Artisttik Africa et le récemment dénommée espace Madiba d’ISHYO. Toutes ces bibliothèques portent le nom de personnalités qui ont eu un rôle particulier dans la mise en avant des arts et de la culture comme élément essentiel contribuant au développement de toute société humaine. De plus, un hommage à Nelson Mandela par le biais de la bibliothèque d’ISHYO permet de célébrer l’homme et son message à portée universelle.

Quelles sont jusqu’à présent les réalisations du projet Littafcar ?

La première étape du projet était de renforcer les bibliothèques des trois centres partenaires du projet afin que chacune devienne un centre de référence en rapport aux littératures de sa sous-région, avec un point d’ancrage pour la promotion de ces littératures en Europe par l’intermédiaire de CEC et de l’espace Césaire. Le projet permet ainsi de couvrir de grands espaces littéraires, comprenant les littératures des Caraïbes, de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique Centrale et de l’Est. Les centres ont donc pu faire d’importantes acquisitions d’ouvrages. Ces acquisitions, réalisées en collaboration avec des libraires dans chacun des pays, vont se poursuivre dans la suite du projet.

Les bibliothèques sont aujourd’hui équipées pour recevoir des lecteurs, leur donner accès à un catalogue informatisé et un bibliothécaire peut les accompagner dans la découverte des livres proposés. Très bientôt, les catalogues de chacune de ces bibliothèques seront disponibles en ligne également.

Par ailleurs, les centres ont répertoriés les archives écrites, audio et audiovisuelles en lien avec ces littératures (interviews d’auteurs, expositions sur des mouvements littéraires, lectures etc.) dont elles disposent qui vont être mises en commun sur le site internet LITTAFCAR.ORG, dont le développement se termine en 2013 pour un lancement début 2014.

Le projet met également l’accent sur le développement d’une vie de réseau, qui passe prioritairement par une animation du site de façon collaborative entre les différents partenaires, mais également par un échange de bonnes pratiques dans la promotion littéraire entre partenaires du projet. C’est pourquoi nous avons débuté le projet par une rencontre des quatre partenaires à Bruxelles, qui a permis d’entamer d’emblée cette collaboration.

Quels vont être les temps forts du projet en 2014?

Une nouvelle rencontre entre partenaires et une conférence de presse vont être organisées le premier trimestre 2014 à Bruxelles pour le lancement du site. Tout au long de l’année 2014, les centres développeront des contenus inédits pour une diffusion via le site.

En parallèle, le projet prévoit le développement de modules de formation en ligne autour des littératures d’Afrique et des Caraïbes. La FOKAL, qui a déjà développé des modules de formations en ligne pour son réseau de bibliothécaire, va recevoir l’ensemble des partenaires en Haïti dans le cadre d’une session d’appui technique et la tenue d’une première formation à partir des modules mis en ligne. Ils seront ensuite testés dans chacun des centres, avec un public de professionnels du livre (bibliothécaires, librairies, enseignants, étudiants en lettres etc.).

La création de modules de formation aux littératures s’accompagnera aussi de la création d’une bibliothèque numérique de documents/ouvrages/textes phares de ces littératures.

Que vous a apporté le soutien du Programme ACPCultures+ dans la réalisation de votre projet ?

Le soutien du Programme ACPCultures+ permet avant tout la mise en réseau de centres culturels extrêmement dynamiques dont l’action va gagner en visibilité à travers le réseau. L’échange sur les fonctionnements de chacun qui en découle et le partage de ressources et de contenus doit permettre de démultiplier l’impact de l’action de chacun. Agir en réseau permet également d’avoir un champ d’intervention plus large vis-à-vis des professionnels du livre afin de mener une réflexion tous azimuts sur l’évolution du numérique pour le secteur, et plus spécifiquement pour le développement du secteur de l’édition et l’accès aux livres dans les pays ACP.

A côté de cela, le projet permet de venir en soutien à d’autres projets qui se développent en parallèle. On peut citer la collection « Intersections », initié par CEC en 2012. Cette collection a pour but de faire connaître des personnalités littéraires de l’espace Afrique et Caraïbe et de susciter la curiosité des jeunes, d’écrivains et de lecteurs en général, à la découverte de territoires littéraires moins connus. Le premier numéro de cette collection a été consacré à Jacques Stephen Alexis. Il comprend des contributions d’écrivains haïtiens et belges, de jeunes haïtiens et belges, des textes inédits de l’auteur et des documents d’archives, grâce à la collaboration de Florence Alexis, fille de l’auteur. La collection « INTERSECTIONS » s’appuie sur le réseau LITTAFCAR.ORG. Chaque numéro est construit sur base de la participation d’au moins deux partenaires du réseau. Le deuxième numéro s’appuiera plus spécifiquement sur ISHYO, notre partenaire rwandais, pour construire un numéro spécial « Rwanda, 20 ans après », Regarder en arrière pour aller de l’avant  -  La place des arts et des littératures dans la rétrospection / projection. Mettant en avant les 10 écrivains d’origine africaine qui ont participé au projet « Rwanda : écrire par devoir de mémoire », le numéro comprendra des interventions d’écrivains et de jeunes issus des pays des autres partenaires également.

Les partenaires sont par ailleurs sollicités par l’AILF pour collaborer aux caravanes du livre. Actuellement, ISHYO est partie prenante à la caravane du livre qui circule entre le Burundi, le Rwanda et l’Est de la RDC. En 2014, date du dixième anniversaire de l’initiative, plusieurs caravanes seront organisées, dont au moins une au Bénin, pour laquelle la collaboration d’Artisttik Africa a déjà été sollicitée. Celle-ci aura lieu en octobre 2014.

Tous les partenaires sont aujourd’hui régulièrement sollicité pour le développement de nouvelles collaborations dans le secteur du livre.

 

 

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