DAVID CONSTANTIN, RÉALISATEUR DE LONBRAZ KANN

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29 juillet 2013

Le réalisateur David Constantin sur le tournage de Lonbraz Kann © Julien Venner - www.pixelinthebox.com

Quel est le sujet de votre film Lonbraz Kann ?

Lonbraz Kann raconte l'histoire de sept amis, anciens ouvriers d'un moulin à sucre à l'Ile Maurice, au moment de la fermeture du moulin. Cette fermeture est programmée de longue date mais ils assistent, impuissants, à la métamorphose du monde qui était le leur. Au milieu des champs de cannes s'édifie un complexe de villas de luxe et un golf. Progressivement, au milieu de ce grand chambardement, une humanité plus forte que tout le reste se dessine.

Que vous apporte le soutien du Programme ACPCultures+ ?

ACPCultures+ contribue de façon importante au budget de ce film. Cette contribution a été pour nous fondamentale pour concrétiser ce projet car elle est arrivée relativement tôt dans notre processus de recherche de financement. Le soutien de ACPCultures+ a donc agi pour nous comme un levier, un gage de sérieux nous permettant par la suite de lever d'autres fonds. Aussi, la collaboration avec ACPCultures+ nous a obligé à réfléchir en profondeur à la façon d'agréger autour d'un même projet plusieurs choses : formation, coopération régionale et production cinématographique.

Quels sont les soutiens dont bénéficie votre projet au plan national?

Lonbraz Kann sera le premier film mauricien à bénéficier d'une aide de l'Etat à travers un nouveau mécanisme mis en place, le Rebate Scheme, dont le principe est de participer à hauteur de 30% au financement de certains postes porteurs pour l'économie locale et l'emploi. Nous serons probablement aussi le  premier film à implémenter ce programme. Nous bénéficions également du soutien du Bureau du Premier Ministre de Maurice (à travers sa cellule Culture et Avenir), d'un soutien logistique du Ministère des Affaires Etrangères et nous sommes toujours en discussions avec d'autres organismes nationaux. 

Au niveau privé, Canal+ Maurice nous a aidés, à travers une contribution financière, à organiser dans de très bonnes conditions les ateliers de formation destinés aux acteurs.

Vous définissez Lonbraz Kann comme un projet de film mais aussi comme un projet de développement pour Maurice. Pourquoi?

Dans une zone géographique où le cinéma en est à ses débuts, "Lonbraz Kann" se propose de poser les jalons d'une industrie cinématographique durable. Aussi, le projet propose la mise en place d’ateliers de formation aux métiers du cinéma, d'une part à destination des comédiens,
d'autre part à destination des techniciens de la région,
qui seront encadrés et formés tout au long de l'aventure de ce film.
Le projet "Lonbraz Kann" se donne aussi pour mission de former des jeunes issus de régions défavorisées de l'île aux métiers de l'image.

Un premier atelier de formation destiné à des acteurs mauriciens a eu lieu en juin.  Une campagne de communication et de « crowdfunding » s’est achevée en juillet. Comment se sont déroulées ces actions ? Quel premier bilan en tirez-vous ?

La campagne de 'crowdfunding' a été un succès. Nous avons dépassé le montant demandé une semaine avant l'échéance. Nous avions d'abord destiné cette campagne aux Mauriciens de l'étranger pour les impliquer dans une action de développement culturel de leur pays d'origine. A l'arrivée, nous nous rendons compte qu'il y a autant de Mauriciens de l'étranger que de Mauriciens de Maurice qui ont contribué. Cela nous a donné une idée de l'attente qu'il y a autour de ce projet. Cette campagne de crowdfunding fait partie d'un plan de communication plus large autour du projet car l'objectif était aussi de faire connaitre ce projet et de le faire connaitre dans les communautés mauriciennes à l'étranger pour en faire autant d'ambassadeurs du film au moment de sa sortie.

Nous animons également une page Facebook que nous alimentons régulièrement et qui permet de suivre l'avancée du projet et aussi un site internet qui est en train d'être remis à jour, pour ceux qui veulent entrer plus en profondeur dans les détails du projet.

Le premier atelier pour les comédiens a été animé par l'actrice et metteur en scène française Marie RAYNAL. Nous travaillons avec des comédiens non professionnels qui pour certains n'ont aucune expérience de la caméra. Nous les avons choisis parce qu'ils portaient tous déjà en eux un petit quelque chose de chaque personnage. L'objectif de ce premier atelier était justement de leur faire découvrir ce petit quelque chose, de le travailler. Nous avons vu durant cet atelier s'affirmer certains talents et éclore d'autres, nous voyons petit à petit les personnages prendre vie. L'atelier a été important aussi pour avoir une vision grandeur nature du film, il va donc aussi nous servir à modifier certaines choses, à corriger certains dialogues, à en enlever ou en ajouter. Le travail n'est pas fini, il y aura un deuxième atelier en octobre.

Vous êtes très soucieux de toucher un public mauricien. Vous souhaitez qu’il s’implique dès la phase de production du film. Pourquoi ce choix ?

Il faut dire que ce film est aussi quelque part le 'bébé' d'une autre initiative que nous avons mise en place il y a 7 ans, ILE COURTS, un festival de courts métrages mauriciens, englobant des ateliers de formation professionnelle.

Avec ce dispositif nous accompagnons la production (à très petit budget) de films mauriciens et nous organisons des projections en plein air, sur les plages de l'ile pour tous ces Mauriciens qui ne pourront jamais aller au cinéma. Ce dispositif a aussi pour but d’amener sur les écrans mauriciens des films qui parlent de Maurice, de renvoyer au public une image et une réflexion sur la société dans laquelle il vit.

Lonbraz Kann est un peu la suite logique de cette réflexion en abordant un sujet qui touche tous les Mauriciens (la fin de l'ère sucrière), qui est extrêmement visible dans la métamorphose des paysages mais sur lequel pourtant il y a peu de réflexion et de recul. La façon dont nous mettons en oeuvre ce projet est aussi importante que le film lui-même, il fait appel à la collaboration de toutes les énergies disponibles et le public mauricien en est une. 

Votre projet souhaite également contribuer à construire une coopération culturelle régionale…

Nous développons aussi pour la première fois un axe de coopération régionale avec l'ile voisine, la Réunion et le Mozambique, un de nos pays de peuplement. L'objectif est de mettre en avant un cinéma de l'Océan Indien, en mutualisant nos ressources et de jeter un coup de projecteur sur cette région un peu oubliée sur la carte du cinéma mondial. En outre, il donnera à voir aux publics de ces pays une histoire qui leur appartient, avec un propos artistique fort ancré dans leur réalité. "Lonbraz Kann" souhaite ainsi mettre en avant l'identité commune aux pays de l’océan Indien.  Le réseau régional de talents et de compétences que nous mettons en place sera la première pierre d’une réelle coopération régionale. Nous revendiquons ainsi notre volonté de faire exister ensemble un cinéma de l’océan Indien. 

 

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