DAK'ART 2016, PÉRÉGRINATIONS VERS UN MONDE À RÉ-ENCHANTER

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DAK'ART 2016, Pérégrinations vers un monde à ré enchanter

Dakar accueille depuis 1992 la Biennale de l'art contemporain "africain", une manifestation dédiée aux arts visuels, qui a pris le relais du Festival des Arts Nègres datant de 1966. Peu à peu, l'évènement s'est institué comme un moment phare de la vie culturelle du continent, et a su poser les fondations d'un édifice à construire et à "ré enchanter".

 

La biennale de Dakar, du mérite d'exister…

L'art ne devrait pas être sectorisé, ni territorialisé dit-on dans certains milieux. Pour autant, avoir fait de Dakar le rendez-vous des artistes, du continent et d'ailleurs, œuvrant dans les arts visuels, a eu du sens. Preuve en est faite, pendant tout ce mois consacré, lorsque l'on déambule dans les artères de l'Ancien Palais de Justice, abritant l'exposition internationale intitulée "Ré enchantements".

Passage obligé aussi : l'ex Gare Ferroviaire de Dakar, rebaptisée village de la Biennale, où des soirées se sont multipliées, à l'image des plateformes culturelles de promotion des arts de la capitale, telles que Warkh' Art ou Afrosiders qui promeuvent l'Art comme facteur de développement.

Photographiée, critiquée et encensée selon les intérêts, les gouts et les attentes des différents invités ou protagonistes culturels. "Le seul enjeu de la Biennale est d'exister. C'est déjà énorme. Exister c'est beaucoup" exprime Dalila Dalléas Bouzar, une artiste algérienne exposée pour la première fois dans le "IN" avec une œuvre hommage aux Princesses de la guerre d'Algérie.

Jouant de ses relations, de son parcours et de son aura, Simon Njami peut se targuer d'avoir ouvert les portes de cette Biennale à des commissaires invités de l'Inde, du Brésil, de la Corée. Les pays à l'honneur étaient eux, le Nigéria et le Qatar. "Je voulais que le Nigeria regarde de plus près ses artistes" : insiste le curateur. Une riche pluralité d'influences que l'exposition internationale autant que le reste du programme IN a su refléter.

 

« L'art contemporain africain », un label ?

"Que ce soit en Afrique ou ailleurs, l'art contemporain reste trop conceptuel. Ces dernières années, certains secteurs du milieu cherchent à mettre en marche des mécanismes didactiques, abordant l'art depuis des perspectives pédagogiques" : explique la journaliste Angela Rodriguez. Elle poursuit : "Dans le domaine de l'art très concrètement, le titre "Art contemporain africain" est tout juste un label.

Ce questionnement est très présent dans le monde de l'art contemporain en Afrique. Pour autant, ce "label", parfois dénoncé comme réducteur, a permis d'ouvrir et de structurer le marché international de l'Art aux artistes venus d'Afrique : un des combats du curateur Njami, qui n'a cessé de dénoncer la cécité des milieux de l'art contemporain occidental en ambitionnant une 3ème voix : "Se sentir efficient, légitime sur le marché de l'art sans avoir besoin de référencer sa quotation au regard des marchés dominants est clé.

Ce que pose Alexis Peskine, artiste d'origine brésilienne, présent pour la 1ère fois à Dakar dans le cadre du In de la Biennale, s'inscrit dans cette veine. Sa version 2.0 du Radeau de la Méduse de Théodord Gericault est une excellente mise en perspective des ambitions de sens que portait la manifestation. Alliant photographie, vidéo et accu peinture sur bois, l'œuvre retrace ce voyage vers l'Autre, l'ambivalence de la migration vécue d'un côté ou de l'autre de la méditerranée. Chacun y verra ou pas une part du ré enchantement souhaité…

Simon Njami croit beaucoup en la jeune création : "C'est un vrai souffle. Il y a du potentiel dans ce vivier. L'artiste Lavar Munroe (Bahamas) est pour moi une découverte, tout comme Modupeola Fadugba (Togo). La relève passera par la jeunesse qui se souvient car il faut se souvenir qu'il y a des gens qui ont rêvé. J'avais fait à Bruxelles, en 2010, l'exposition "Un rêve utile". Rêver, c'est se dépasser. Si on reste dans les rails, on ne décolle pas".

La 12ème Biennale de Dakar, dans ses ambitions et ses failles, a su en tout cas s'offrir un bout de cet idéal, de ce rêve à ré-enchanter.

 

Article complet de Fatou Sall sur Africultures

06 juin 2016
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