CHRIS ADDY-NAYO, CHEF DE PROJET, CENTRE D’ETUDES AFRICAINES

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11 janvier 2016

CHRIS ADDY-NAYO, CHEF DE PROJET, CENTRE D’ETUDES AFRICAINES

Développer le secteur culturel dans les pays de la CEDEAO

Le Centre pour la Culture et les Etudes Africaines (CeCast) a organisé un séminaire en octobre 2015 afin d’approuver l’étude “Facilitating the Development and Growth of the Culture & Art Sector in the EU-ECOWAS Economic partnership”, développée grâce au support d’ACPCultures+.

Le Programme a interviewé Chris Addy-Nayo, chef de projet de l’étude, qui nous parle des principales conclusions et des étapes à venir.

 

Cette Conférence de Haut Niveau a récemment approuvé l'étude sur le commerce UE-CEDEAO concernant les biens et services culturels. Quelles seront les prochaines étapes?

Comme vous le savez déjà, cette étude a rencontré un certain nombre de challenges et d’opportunités pour la croissance des services culturels et artistiques dans le cadre de négociations sur les services futurs proposés au sein de l'accord de partenariat UE-CEDEAO. Comme indiqué par un certain nombre de ministères du commerce régional et également par la Commission de la CEDEAO qui a participé à la conférence, le défi majeur rencontré avec les négociations commerciales précédentes est le fait que la plupart des bénéficiaires et des acteurs au sein des États membres de la CEDEAO n’ont pas été sensibilisés aux problèmes techniques associés aux négociations. La différence cette fois est que le processus de consultation des experts et le dialogue avec les parties prenantes des arts et de la culture au cours de l’étude et de la poursuite de ce dialogue avec les parties prenantes lors de la conférence a augmenté la sensibilisation parmi eux et également parmi  les ministères du commerce sur les potentiels, les opportunités et les défis le secteur. Certains des défis tels que les réformes des politiques et l’augmentation du financement gouvernemental ont déjà été identifié pour être intégrés dans la politique culturelle du gouvernement ainsi que dans des petites entreprises dans lesquelles la plupart des artistes et les entrepreneurs culturels se retrouvent. En outre, les parties prenantes de la culture auraient également reçu une formation afin d’engager les ministères du commerce, la Commission de la CEDEAO et les gouvernements sur les moyens d'intégrer les questions telles que l'application des droits de propriété intellectuelle, sur les questions de visa liées à des artistes ouest-africains voyageant vers l'Europe et sur la façon d'améliorer les normes de qualité des arts dans le contexte des négociations de l'accord de partenariat UE-CEDEAO.

 

Le rapport a mis en évidence plusieurs faiblesses et challenges, pouvez-vous en résumer les principaux aspects ?

Le secteur souffre d’un certain nombre de challenges qui entravent son développement et sa croissance. Parmi ceux-ci nous pouvons inclure l'absence de politiques nécessaires pour soutenir la croissance du secteur, la faible capacité des intermédiaires de la culture et des arts à s’organiser pour plaider en faveur de politiques et de règlements pour soutenir le développement et la croissance du secteur. En outre, le régime de propriété intellectuelle de la plupart des pays de la région est également faible, manque d'application avec la plupart du travail artistique vulnérable à la violation du droit d'auteur. De plus, il a également été identifié que, dans la plupart des cas,  la qualité des œuvres artistiques ne respecte pas les normes sur le marché de l’art en Europe, ce qui conduit à l'incapacité des artistes ouest-africains à profiter des énormes marchés de l'art dans l'UE. En outre, il été perçu que les artistes avaient de la difficulté à accéder au financement des Institutions établies en raison de la nature risquée perçue du secteur.

 

Pouvez-vous nous dire quelles ont été les principales recommandations proposées lors de la conférence?

Les principales recommandations de la conférence incluent la nécessité pour les gouvernements en Afrique de l'Ouest de donner la priorité au secteur de la culture et des arts créatifs dans les budgets nationaux. En outre, les pays de la région doivent soutenir la promotion de normes de qualité dans le secteur des arts et de la culture pour gagner l’accès aux marchés de l’art dans l'UE et d'autres pays. En outre, les gouvernements devraient également adopter des lois pour protéger le droit d'auteur des artistes et assurer ainsi l’existence d’un mécanisme efficace pour l'application des législations intellectuelles. Une Coalition de l'Industrie des Services (CIS) régionale, similaire à celle dans la région de la CARICOM, devrait également être établie au nom des artistes pour faire pression sur les gouvernements pour protéger les intérêts des artistes. L'accès au financement est aussi un obstacle à la croissance de base pour de nombreuses entreprises dans le secteur culturel et créatif.

Cela exige des gouvernements, du secteur privé, des artistes de culture et des institutions financières qu’ils collaborent les uns avec les autres pour trouver des solutions financières innovantes pour l'industrie des arts et de la culture. Les festivals sont également des atouts stratégiques pour promouvoir les arts et la culture au sein de la sous-région ouest-africaine. Les pays de la sous-région pourraient apprendre de l'exemple de la Gambie et partager les bonnes pratiques pour promouvoir les festivals comme un patrimoine culturel, avec des avantages économiques pour les communautés locales. Enfin et surtout, il faudrait fournir aux artistes et à leurs représentants la formation nécessaire pour être en mesure de faire pression sur le gouvernement sur les questions de politique commerciale, telles que l'Accord de Partenariat Economique (APE), les négociations sur les services de l’OMC, et le Schéma de Libéralisation des Echanges (SLEC) de la CEDEAO, qui ont tous un impact sur le secteur.

 

En tant qu’observateur privilégié de la zone CEDEAO, avez-vous l'impression que la culture est bien considérée comme un secteur stratégique pour les stratégies de développement dans les différents pays?

Traditionnellement, les gouvernements de l'Afrique de l'Ouest n’ont pas vraiment donné la culture et les arts l'attention qu’ils méritaient en tant que contributeurs au développement économique. Ceci doit être considéré dans un contexte où la structure économique de la région dépend principalement de l'agriculture et les industries extractives. Cependant, ces modes d’exploitation ont atteint leur maximum dans les différents pays de la région. Les changements climatiques, la baisse de la fertilité des terres qui mène dans certains cas à des conflits, et la baisse des prix des produits des industries extractives obligent les gouvernements à chercher des alternatives pour augmenter les revenus de leur population croissante. Une des alternatives possible est de développer et de faire croître de nouveaux secteurs tels que les industries de services, notamment le tourisme, pour lequel la culture et des arts sont un apport majeur. Ce projet prévoit donc la possibilité aux gouvernements ouest-africains de voir le rôle que la culture et les arts peuvent jouer dans le secteur des services vers le développement durable, la création d'emplois et la réduction de la pauvreté.

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