BONNES PRATIQUES : LE FILM LONBRAZ KANN DE DAVID CONSTANTIN

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BONNES PRATIQUES : LE FILM LONBRAZ KANN de David Constantin

Comment un film a permis de faire démarrer l’industrie audiovisuelle à l’Ile Maurice

David Constantin, réalisateur et producteur mauricien, a tourné son dernier film, Lonbraz Kann en 2014. Le film relate l’histoire d’un groupe d’amis, tous dans la cinquantaine, qui assistent impuissants à la fermeture du moulin à sucre où ils ont toujours travaillé. Métaphore d’un monde qui se globalise et qui se métamorphose, témoignage d’un mode de vie ancestral qui cède la place à l’urbanisation et à la modernisation du pays. A travers ce film, le réalisateur concrétise un projet cinématographique conduit en parallèle à un projet de développement des métiers du cinéma à l’Île Maurice. Cet engagement n’est pas nouveau puisque depuis dix ans maintenant il œuvre à l’éclosion d’un cinéma local et de l’océan indien à travers sa société Caméléon Production et l’association Porteurs  d’Images.

Comment le film a-t-il été financé ?

Le Programme ACPCultures+ a contribué de façon déterminante au budget de ce film. « Cette contribution a été fondamentale pour concrétiser le projet car elle est arrivée relativement tôt dans le processus de recherche de financement » a déclaré David Constantin. Le soutien d’ACPCultures+ a agi comme un levier, « un gage de sérieux » permettant aux producteurs de lever d'autres fonds. Aussi, la collaboration avec ACPCultures+ a obligé les bénéficiaires à réfléchir en profondeur à la façon d'agréger autour d'un même projet plusieurs choses : formation, coopération régionale et production cinématographique.

Le film a également reçu un soutien du Bureau du Premier Ministre de Maurice (à travers sa cellule Culture et Avenir), un soutien logistique du Ministère des Affaires Etrangères, de l’OIF, du Global Film Initiative et de Canal+ Maurice.

Outre ces supports institutionnels, David Constantin a fait le pari de financer son film en partie grâce à une campagne de crowdfunding. La campagne était destinée à impliquer la population mauricienne dans le projet. Le réalisateur considère que cette composante a été un succès, au-delà de ce qu’il aurait pu espérer. A l’origine, David Constantin cherchait à inclure surtout des expatriés. Il s’est vite aperçu « qu’il y avait autant de mauriciens de l’étranger que de mauriciens de Maurice qui ont contribué au film. Cela nous a donné une idée de l’attente qu’il y avait autour de ce projet ».

Développement du cinéma mauricien

En donnant la  priorité  à  la  formation,  en  proposant  des  ateliers  de formation  à  destination  des  acteurs et,  d'autre  part,  à  destination  des techniciens mauriciens, qui ont été encadrés et formés tout au long du tournage, le film a considérablement augmenté l’offre d’emplois de qualité.

Tous les professionnels locaux et régionaux participant au projet ont eu l'occasion de développer leur expérience professionnelle. Pour la plupart d'entre eux, il s'agissait d'une première expérience 'grandeur nature' sur un long métrage. Cette expérience leur permet aujourd'hui de mieux valoriser leur savoir-faire auprès de professionnels locaux faisant appel à leurs services et auprès de professionnels étrangers à la recherche de techniciens qualifiés sur place. Par ailleurs, le Ministère des Arts et de la Culture de Maurice, a demandé la collaboration du Bénéficiaire pour développer un programme d'employabilité spécifique au cinéma pour les jeunes.

Les techniciens mauriciens et réunionnais employés n'avaient jamais travaillé sur un long métrage, ni avec le matériel spécifique à ce type de films (c'était aussi le cas de la plupart de ceux ayant participé à la phase de production). L'expérience acquise, les méthodes de travail et les nouvelles compétences développées sur du matériel de haute technologie cinéma, seront des atouts qui permettent dorénavant à ces techniciens de valoriser leurs services à Maurice et dans la région. Les métiers d'étalonneur, de chef monteur, d'ingénieur son et d'auteur compositeur sont par ailleurs des métiers à fort apport artistique. Le développement des compétences ne s'est donc pas limité dans ces cas à un apprentissage technique mais concernait également un approfondissement des qualités artistiques des personnes impliquées.

Le projet a permis de créer un noyau de techniciens qualifiés, d'acteurs ainsi qu'un réseau de jeunes techniciens prometteurs.

Afin d'inciter d'autres porteurs de projets à utiliser et développer les bases mises en place par l'action, le bénéficiaire s'attache également à diffuser l'information sur le modèle de production utilisé pour Lonbraz Kann. Cette dispersion de l'information se fait d'une part à travers les réseaux sociaux, le site internet et la presse, mais aussi à travers les discussions qui suivent les projections et les forums professionnels auxquels participe le bénéficiaire. A titre d'exemple, dans le cadre des rencontres professionnelles Forum Film Bazar organisé dans le cadre du festival Ile courts, une rencontre/discussion a eu lieu en octobre 2014 autour du film, montré en exemple. Cette discussion a permis de réunir pour la première fois autour d'une table, les responsables des structures d'aides publics de la Réunion et de Maurice (le BOI et la Région Réunion), face aux réalisateurs et producteurs de Maurice, la Réunion, Madagascar et Comores.

Visibilité du film

Avec Lonbraz Kann, le cinéma de l'océan Indien accède pour la première fois à :

-  Un réseau de diffusion commerciale à travers le distributeur INVESCO ;

-  Une visibilité en festivals internationaux (Namur, Durban, Luxor, la Réunion,...) ;

- Une visibilité accrue auprès des publics locaux et régionaux n'ayant pas accès au cinéma, notamment par des projections décentralisées.

Lonbraz Kann est le premier film de l'océan Indien fait pour les spectateurs de l'océan Indien. En racontant une histoire très locale mais à portée universelle, en faisant jouer dans le film ceux qui ont eux-mêmes été touchés par la fermeture des moulins à sucre, en faisant appel au financement participatif et en créant via la page FB, le site internet et la presse, une attente autour du film, le producteur s'est attaché à créer et développer le futur public du film.

Education à l’image

De même, le travail entamé avec les scolaires a permis de renforcer cette attente d’une œuvre cinématographique en phase avec les problématiques locales. Les diverses rencontres ont ainsi donné lieu à une vraie réflexion sur la restructuration de la filière sucre à Maurice et les conséquences de la mondialisation sur l’environnement social et économique du pays.

C'est avec l'objectif de toucher ce public rural qui est celui qui se reconnaitra le plus dans le film que le bénéficiaire a choisi, avec la collaboration de l'Association Porteurs d'Images, de rendre le film visible aux spectateurs qui n'ont pas accès aux salles de cinéma par des projections décentralisées gratuites et en plein air.

Impact

Grâce au travail de lobbying du bénéficiaire, le dispositif d’appui à la production de l’Etat mauricien, le Film Rebate Scheme, dispositif de soutien au cinéma par le remboursement de 30% de certaines dépenses locales, est désormais ouvert aux productions mauriciennes. Dispositif d'abord destiné uniquement aux productions étrangères, il a été ouvert aux productions locales suite aux discussions entre le bénéficiaire avec les pouvoirs publics. Lonbraz Kann est aujourd'hui cité en exemple pour appuyer la mise en œuvre d’une politique en faveur du cinéma dans le pays. C’est le seul projet culturel expressément nommé dans le document Vision Stratégique pour la Culture de Maurice émis par le gouvernement.

La formation de techniciens qualifiés a eu un impact immédiat. Rien qu’en 2014, 29 projets internationaux (principalement d'Inde, d'Allemagne, de Chine et de Corée) ont été produits à Maurice, ce qui a permis le développement du tissu des fournisseurs locaux favorisant la structuration du secteur.  Par l'effet du Film Rebate Scheme qui a maintenant pris un rythme de croisière, les techniciens mauriciens trouvent de l'emploi sur ces productions internationales, à des postes où ils peuvent valoriser l’expérience acquise sur Lonbraz Kann: 1e assistant caméra, chef électricien, électricien, machiniste, décorateur, régie...

Cette politique de soutien s'est aussi concrétisée par la collaboration active de la Cellule Culture et Avenir du Bureau du Premier Ministre:

-  Un soutien à l'organisation des ateliers de formation d'acteurs,

-  Une facilitation des démarches administratives, notamment concernant les visas d'entrée pour les techniciens étrangers,

-  Un soutien actif à la diffusion du film par sa présentation au festival CONFLUENCES dont la Cellule Culture et Avenir est l'initiateur,

- Un relais actif auprès des différents corps publics: police, collectivités locales, douanes etc.

Coopération culturelle régionale

Le projet a développé pour la première fois un axe de coopération régionale avec les  territoires voisins, la Réunion et le Mozambique. L'objectif était de mettre en avant un cinéma de l'Océan Indien, en mutualisant les ressources de ces pays et de jeter un coup de projecteur sur cette région un peu oubliée sur la carte du cinéma mondial. Lonbraz Kann a souhaité ainsi mettre en avant l'identité commune aux pays de l’océan Indien.  Le réseau régional de talents et de compétences qui a été mis en place constitue la première pierre d’une réelle coopération régionale. « Nous revendiquons ainsi notre volonté de faire exister ensemble un cinéma de l’océan Indien », explique David Constantin.

Au niveau de la production, les capacités du bénéficiaire et de ses partenaires se retrouvent renforcées, ces sociétés ayant pu, pour la première fois, mener à bien une coproduction internationale complexe de par l'implication de systèmes de soutien publics très différents et l’intervention de nombreux partenaires financiers.

Réseau de techniciens

La mise en œuvre de l'action a permis de mettre en place un réseau de techniciens qualifiés entre Maurice, la Réunion, le Mozambique et la France. Ce réseau s'étend également à l'Afrique du Sud pour le matériel technique et aux acteurs formés pour les besoins de l'action ainsi qu'aux nombreux prestataires (hébergements, services traiteur, location de véhicules, etc.) qui ont pu pour la première fois adapter leurs services aux besoins de la production d'un film.

Ce réseau, dans un premier temps informel, se structure maintenant à travers divers plateformes d'échanges:

- La page Facebook qui reste l'espace d'échange la plus active entre les membres de ce réseau ;

- Le répertoire professionnel de Filminmauritius.com (géré par le Board of Investment) ;

- Le répertoire professionnel Images Francophones ;

- Le répertoire de l'Association Porteurs d'Images (association des acteurs locaux du cinéma qui met en place un répertoire en ligne des films et des ressources liées au cinéma local).

Dans un deuxième temps, à l'issue de la vie du film, le producteur convertira le site internet www.lonbrazkann.com en un lieu de ressources liés aux productions locales et régionales.

 Pour plus de "bonnes pratiques" du Programme ACPCultures+, cliquez ICI

 

06 octobre 2015
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