BONNES PRATIQUES DU PROGRAMME ACPCULTURES+: MEURTRE À PACOT

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Redynamiser l’industrie audiovisuelle à Haïti

Avec le soutien du Programme ACPCultures+, Velvet Films a pu réaliser une œuvre qui a eu beaucoup de retombés économiques sur le pays

Le projet du long métrage Meurtre à Pacot réunit deux artistes haïtiens de renommée internationale : le réalisateur Raoul Peck et l’écrivain Lyonel Trouillot. Tous deux ont collaboré à la création de ce film qui affichait une double ambition : renforcer l’industrie cinématographique haïtienne, notamment les compétences techniques, et obtenir une audience internationale.

Meurtre à Pacot raconte le quotidien de trois personnages au lendemain du tremblement de terre du 12 janvier 2010 à Port-au-Prince. Un couple de bourgeois intellectuels  a vu sa grande maison s’écrouler et doit, dans les ruines de la demeure, se réinventer une vie dans une grande précarité matérielle. En parallèle, une jeune femme du ghetto urbain veut profiter de l’arrivée d’humanitaires occidentaux pour changer de vie.

L’objectif du projet a été clairement atteint. Tout d’abord un film, Meurtre à Pacot, qui existe, et qui a eu un important succès d’exploitation et de critique : presse, sélections prestigieuses dans les festivals de premier ordre, tels que Berlin et Toronto, collaboration avec des partenaires de diffusion. Les critiques ont salué unanimement une vraie proposition artistique et l’expression d’une voix unique et salutaire, venue d’Haïti.

Après la présentation aux festivals de Berlin et Toronto, la société de production a entamé d’exploitation du film, avec une diffusion au niveau mondial et adaptée aux différents types de publics ciblés.

Accroissement des recettes en Haïti

Les marchés nationaux des pays du Sud généralement ne permettent pas d’atteindre seuls la parfaite viabilité financière d’un film. Le financement de Meurtre à Pacot a fait appel à un certain nombre d’entités qui on pu consolider l’équilibre financier (primordial) et laisser de l’espace dans le partage des futures recettes d’exploitation entre les partenaires. Les producteurs ont réussi à garder 100% des recettes d’exploitation entre les mains des partenaires. Très fréquemment, certaines sources de financement exigent en contrepartie de leur investissement des pourcentages élevés de recettes d’exploitation. Ce montage va permettre de faire entrer directement des devises étrangères dans l'économie locale. Les recettes pourront être réinvesties dans de nouveaux projets locaux, consolidant un peu plus les industries et emplois en Haïti.

Comme l’explique Raoul Peck, le film a engendré un cercle économique vertueux basé sur la possibilité de remonter de recettes en Haïti et donc de réinvestissement : les sociétés de prestation de services (sous-contractants) ont eu l’opportunité de s’agrandir et de renouveler leur parc de matériel grâce à l’argent perçu du fait du tournage ; les sociétés de production du film ont pu investir les recettes dans d’autres projets, ayant la même démarche et prenant les mêmes engagements structurants pour l’industrie locale.

Professionnalisation

Autre résultat majeur atteint : le renforcement des capacités professionnelles grâce à la constitution d’équipes dans lesquelles les chefs de poste ont pu transmettre leur savoir et leur expérience au personnel recruté localement. Des jeunes haïtiens volontaires et passionnés, ont pu acquérir non seulement des connaissances qu’ils vont pouvoir réutiliser, mais aussi une expérience qu’ils vont pouvoir mettre en avant pour s’inscrire dans un parcours professionnel. En tout, 76 personnes ont été recrutées localement, encadrées par 10 techniciens français. Certains des techniciens haïtiens et dominicains se sont vus confier la direction de département et donc d’équipes entières sur le tournage : chef des équipes costumes, maquillage et coiffure, machinerie, électricité et administration.

Retombées économiques sur le territoire

L’utilisation de ressources locales a entrainé des retombées économiques locales significatives : 125.000 Euros rien que pour les postes principaux de dépenses : hébergement, repas, véhicules, matériaux de construction. À ce montant, il faut ajouter les sommes dépensées localement (le personnel expatrié a reçu 13.999 Euros en per diem dépensés sur place, par exemple).

« Nous inscrivons d’une manière plus générales nos projets dans une durabilité, comme l’atteste les précédents films de Raoul Peck : L’Homme sur le quais, Lumumba,  ou encore Sometimes In April, qui sont, parfois vingt ans après leur production, toujours exploités de manière régulière (diffusion TV, édition DVD, VOD, etc.) », explique Rémy Grellety, producteur à Velvet Films. « Il en est de même pour les diffusions dans les écoles et les universités. Meurtre à Pacot bénéficiera de ces réseaux, tant en terme d’exploitation commerciale qu’éducative, avec un travail d’accompagnement dans les établissements scolaires » conclut-t-il.

Favoriser le réinvestissement dans l'industrie cinématographique locale

Le succès du projet est de nature à intéresser les pouvoirs publics locaux qui, sur la base d’éléments et expériences très concrètes, pourront juger de la pertinence et de l’urgence à aider à la structuration de l’industrie cinématographique locale. Les autorités locales ont pu en effet mesurer concrètement l’impact du film en termes d’emplois, de retombés économiques et de visibilité de la culture haïtienne à l’étranger. « Ceci est un engagement sur le long-terme, mais nous avons posé les bases concrètes de cette réflexion », explique Rémy Grellety.

Attraction de tournage

Le film a renforcé l’attrait d’Haïti en tant que destination de tournage. « Peu après la film du film, nous avons été contactés par une production franco-américaine pour tourner à Port-au-Prince et en province. Nous avons pu utiliser le personnel local que nous avions formé et qui a acquis une expérience préalable de tournage. Ce nouveau projet est source d’emploi, d’investissement et de retombés économiques significatives. Ce qui est notre objectif à long terme » résume Grellety.

Mais les retombés pour l’industrie d’Haïti ne s’arrêtent pas là. « Nous accompagnons le développement d’un projet de long-métrage de fiction en écriture, initié par trois jeunes Haïtiens qui ont participé au tournage de trois de nos films précédents en Haïti », explique Rémy Grellety. « Il s’agit d’un accompagnement artistique et de conseils (structure de production, calendrier, financements, réécriture du scénario, mise en relation avec des techniciens). Le succès de notre film a pour effet, par ailleurs, d’attirer l’intérêt des investisseurs, qui ont partiellement financés Meurtre à Paco », conclut-t-il.

 

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24 août 2016
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