BONNES PRATIQUES DU PROGRAMME ACPCULTURES+ : GRIGRIS

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Grâce au film et sa sélection à Cannes en 2013, le gouvernement Tchadien a mis en place plusieurs actions pour promouvoir le cinéma dans le pays

Grigris, le 6ème long métrage du réalisateur tchadien Mahamat Saleh-Haroun, a fait partie de la Sélection officielle du Festival de Cannes en 2013, où il a remporté le Prix Vulcain. Habitué de la Croisette, Mahamat Saleh Haroun y avait déjà présenté Abouna (2002), et Un homme qui crie (financé par le Programme ACPCulture de l’Union européenne), auréolé du Prix du Jury en 2010.

Le personnage principal du film est un jeune paralytique, frappé durant l’enfance par la poliomyélite, qui rêve de devenir danseur. A travers ce personnage, se dessine le portrait d’une certaine jeunesse tchadienne délaissée mais qui se bat pour se construire un horizon.

Saleh-Haroun s’est inspiré de l’histoire de son personnage principal, interprété par le Burkinabè Souleymane Démé. C’est en le voyant se produire sur scène malgré son handicap que le réalisateur a trouvé l’inspiration nécessaire à l’écriture de son film.

« Je m'inspire des histoires de la jeunesse que je fréquente au Tchad, qui bute en permanence sur une réalité sociale ne leur permettant pas de s'accomplir » explique le réalisateur tchadien. « Au cinéma de genre et au film noir vient ainsi s'ajouter un filtre documentaire : le portrait d'un jeune homme d'aujourd'hui dont le rêve est brisé car, en Afrique, tout bon fils doit avant tout s'occuper de sa famille. Le film est important également parce que j’ai voulu lancer un message fort en faveur de l’émancipation féminine au Tchad », explique Haroun.

Est-ce que les sélections cannoises sont utiles pour la carrière d’un film ?

« Oui, sans aucun doute, la présence au Festival de Cannes est d’une grande aide. Le Festival de Cannes est le plus gros festival et marché de la profession, une sélection en compétition donne la plus grande des visibilités au film, tant auprès des sélectionneurs d’autres festivals, que de la presse et des distributeurs étrangers », répond Mahamat Saleh-Haroun. « Après le prix [du jury] pour Un Homme qui crie, le retentissement a été tel que l'état tchadien a investi, pour la première fois, quelques centaines de milliers d'euros dans la production de Grigris. Le ministre tchadien de la culture était d’ailleurs venu expressément au festival de Cannes pour assister à la projection officielle de Grigris. C'est une grande avancée », explique le réalisateur.

Qu’a signifié la contribution d’ACPCultures+ au financement du film ?

« Tout d’abord l’existence d’un nouveau film d’un réalisateur africain, racontant une histoire sur l’Afrique mais avec une portée universelle, tourné en Afrique, produit en bonne intelligence avec ses partenaires, dans le budget et le planning prévus. La contribution d’ACPCultures+ a contribué de manière significative à la circulation du film en Afrique et au développement de la présence du cinéma africain dans le monde. C’est très appréciable et nécessaire pour lutter contre la marginalisation de l’Afrique », rappelle Saleh-Haroun.

Par ailleurs, le film a contribué à l’émergence d'une industrie cinématographique au Tchad et à consolider la volonté du gouvernement tchadien à investir dans l’industrie audiovisuelle. Le gouvernement tchadien  a pour la première fois contribué au financement d’un long métrage. Il a de surcroit instauré une caravane de promotion du cinéma tchadien visant à diffuser les films locaux dans les parties les plus reculées du pays et auprès des collégiens et lycéens. « Il y a une vraie prise de conscience de l’image positive véhiculée sur le pays par ce film », commente Saleh-Haroun.

Un troisième résultat s’ajoute à l’amélioration de l’image du pays à l’international et à la mise en place d’une politique en faveur du cinéma : la formation des professionnels. 

Les techniciens, comédiens, partenaires locaux qui ont participé au film, ont acquis ou conforté une expérience professionnelle internationale. « Il est primordial, pour nous, de former des jeunes à tous les métiers du cinéma, de l'écriture au montage, pour que nous puissions réaliser des films chez nous, sans être tenus de faire appel à des techniciens étrangers. Grâce ces formations et au développement des capacités professionnelles, nous arrivons à réduire les coûts de fabrication et à réunir autour d'un projet de film des gens d'une même culture, et pas seulement cinématographique », explique le réalisateur tchadien. Et de rappeler : « il faut que l'Afrique noire se crée une économie du cinéma ».

Le film a été salué par les critiques du monde entiers, mais il s’est agi d’une très bonne opération commerciale. Grigris a en effet été sélectionné dans de nombreux festivals : Sydney, Karlovy Vary, Munich, Melbourne, Helsinki, Vancouver, Namur, Busan (Corée), Mumbai (Inde), Sao Paulo, Bergen (Norvège), Viennale (Autriche), Cinemania (Canada), Haifa, Kolkata (India), Gijon (Espagne), Kerala, Dubaï, Rotterdam.... et a continué de récolter des prix : Bayard de la photographie à Namur, prix Signis au Festival Lumière d'Afrique de Besançon, Mention Spéciale à Souleymane Démé au festival de Dubaï, prix d’interprétation pour Anaïs Monory au Festival du cinéma africain de Khouribga, Maroc...

Les retombées économiques ont été très bénéfiques pour la société de production du réalisateur.

Le film est sorti en salles dans plus de vingt pays, a été diffusé sur la Pay TV Canal + Afrique et a été vendu à une trentaine de télévisions et compagnies aériennes européennes, d’Afrique anglophone et francophones. Des recettes qui ont été investis dans des nouveaux projets au Tchad. Mahamat Saleh-Haroun a pu intégralement autofinancer son nouveau film Hissein Habré, une tragédie tchadienne, présenté, encore une fois, au Festival de Cannes 2016.

25 août 2016
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