BONNES PRATIQUES DU PROGRAMME ACPCULTURES+: AfriCAP

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BONNES PRATIQUES DU PROGRAMME ACPCULTURES+ : AfriCAP

Valorisation des ressources patrimoniales africaines

L’action AfriCAP2016 a été structurée autour de trois projets patrimoniaux dans des villes de trois pays d’Afrique francophone : Nikki au Bénin, Grand-Bassam en Côte d’Ivoire et Télimélé en Guinée. Leur mise en œuvre a permis de sensibiliser concrètement les décideurs et les populations locales sur les multiples apports possibles du patrimoine au développement territorial. Ces projets ont aussi été des supports de formations où décideurs et acteurs du patrimoine culturel en Afrique francophone se sont réunis pour approfondir et échanger leurs connaissances sur divers aspects complémentaires de la gestion du patrimoine : politiques culturelles, systèmes de protection, pratiques de conservation, stratégies de valorisation, promotion touristique, activités muséales, etc...

Première capitale de la Côte d’Ivoire et autrefois véritable poumon économique des comptoirs français du Golfe de Guinée, la ville historique de Grand-Bassam est inscrite sur la Liste du Patrimoine mondial depuis 2012. Exemple remarquable de ville coloniale de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle, elle est aujourd’hui menacée par la dégradation de nombreux bâtiments abandonnés ou peu entretenus et par certaines adaptations modernes qui altèrent son authenticité. La ville de Grand-Bassam souhaite désormais renforcer les outils de protection pour une meilleure conservation et les diffuser afin que les institutions et les habitants puissent réaliser des réhabilitations et des constructions conformes aux normes patrimoniales d’une ville inscrite sur la Liste du Patrimoine mondial.

La commune de Nikki, avec sa cité royale, est un haut lieu d’expression du pluralisme culturel béninois qui chaque année, depuis plus de sept siècles, atteint son apogée lors de la grande fête de la Gaani. Plus de 150.000 personnes, dont la moitié provient des communes voisines et des pays frontaliers, participent à cet évènement. Fort de cet engouement réel pour la culture locale, la commune de Nikki souhaite développer des activités complémentaires à cette grande fête pour améliorer les retombées économiques, renforcer la sauvegarde de la culture Baatonu et favoriser l’épanouissement et la cohésion des populations.

Télimélé, ville riche de son patrimoine et de ses potentialités en artisanat traditionnel, demeure une ville dont les conditions de vie des populations sont assez préoccupantes. Ainsi le projet de Télimélé, axé sur la création d’un musée villageois ou communautaire, sur la mise en place d’un système de génération de revenus et sur un centre culturel associé à un centre de formation en alphabétisation et en artisanat, visait à améliorer les conditions de vie de ses communautés.

« Nous avons initié un système durable de gestion du patrimoine, à travers la mise en place d’un écosystème d’acteurs responsabilisés autour de la question du patrimoine et de sa valorisation. Le projet a permis une prise de conscience des autorités et de la population, sur l’état de dégradation de certains bâtiments et d’une partie du paysage », explique David Gandreau, le directeur du projet. « La synergie initiée dans le projet a permis de mettre en place une vigilance collective autour du patrimoine, du tourisme et du rayonnement des trois villes ».

De plus, le rapprochement des administrations locales telles que la maison du patrimoine, la mairie et la préfecture dont le but commun est la préservation et la promotion du site, renforce la durabilité des résultats du projet. L’ensemble des outils d’information et de sensibilisation produits et utilisés dans le projet, ont permis et permettront de réduire les mauvaises pratiques sur les sites. L’implication de la cour royale dans la gestion du patrimoine renforce la participation des acteurs et sert de gage à la pérennisation.

Le projet a permis de discuter à plusieurs reprises des rôles des différents acteurs concernés, ainsi que du partage des revenus issus de la mise en valeur du patrimoine. Ce processus, portant sur les clés de répartition des fonds issus de la vente de brochures et du guidage, a contribué à démystifier la question financière. Sur cette base forte, par exemple, la Mairie de Nikki, en concertation avec les autorités traditionnelles, a mis en place des frais de participation à la Gaani, lui permettant de financer son organisation sans dépendre exclusivement de soutiens extérieurs.

À Nikki, le projet a permis d’identifier de nombreuses facettes qui constituant un intérêt touristique, ainsi que les services utiles aux visiteurs adaptés à des exigences standards du tourisme. Des panneaux signalétiques ont été confectionnés et installés sur les sites d’intérêt majeurs. Une fois que les potentiels patrimoniaux et de services ont été identifiés, il était nécessaire de structurer cette offre en circuits thématiques. Chaque circuit a été construit, avec les guides en formation, en précisant le parcours, sa durée et les conditions d’accès.

À Télimelé, le projet a permis de financer l’achat de moulins pour décortiquer le riz et pour moudre l’arachide. La location du moulin, a permis la génération d’un fond financier pérenne de microcrédits pour les villageois et le fonctionnement d’une banque culturelle. Il s’agit d’une véritable innovation, qui permet de réduire la dépendance financière.

Dans cette ville, le projet a permis de mettre en place des expositions présentées dans le musée villageois et des activités éducatives. La formation des acteurs locaux à la mise en place d’expositions thématiques et à l’animation, leur permettra de renouveler l’offre du musée. La collaboration mise en place avec le Musée national et la Direction du Patrimoine permettra d’appuyer ce développement.

Il y a également eu des retombées positives inattendues. Les sites inscrits sur la Liste du Patrimoine mondial (comme Grand-Bassam) sont évalués chaque année par le Comité international du Patrimoine Mondial. Ils apprécient l’état de conservation du bien, sa gestion et sa mise en valeur. Les activités menées dans le cadre du projet situé à Grand-Bassam répondaient en grande partie à plusieurs recommandations émises depuis plusieurs années par le Comité du Patrimoine Mondial. Au regard des résultats atteints par la ville de Grand-Bassam (entre autre grâce à AfriCAP2016), le Comité du Patrimoine Mondial a reconnu à Bonn, en 2015, l’intérêtd’AfriCAP2016 pour la bonne gestion de Grand-Bassam.

Le guide de vulgarisation de prescriptions techniques élaboré à Grand-Bassam a interpellé un certain nombre d’institutions concernées par la gestion des villes. Celles-ci souhaitent chercher des moyens techniques et financiers pour obtenir un tel guide. Les villes historiques concernées sont Yazd en Iran, Bamako, Djenné et Tombouctou au Mali.

Les parties prenantes de Nikki ont décidé fin 2015, d’instaurer le Fond de la GAANI devant servir aux actions de pérennisation des acquis du projet AfriCAP2016 à travers des projets ou microprojets culturels pour la conservation et la promotion de la culture de l’aire culturelle Baatonu et Boo. Toutes les communautés Baatonu et Boo ont unanimement salué les actions du projet. Convaincue par l’intérêt du projet, la Mairie a décidé de contractualiser sur son propre budget un appui au développement du tourisme patrimonial, à une plus grande échelle. La mairie s’appuiera sur une des personnes ressources du projet.

Le Ministère de la Culture du Bénin et en particulier la Direction du Patrimoine Culturelle, invité dans les ateliers multi-acteurs, et persuadé de l’importance culturel des lieux, envisage un classement du patrimoine culturel de la Gaani sur la Liste du Patrimoine Immatériel de l’UNESCO.

La mobilisation des acteurs autour du projet, et les diverses réunions de parties prenantes tenues, ont permis de rapprocher les différents acteurs du patrimoine à Nikki. Ceci a été décisif lorsque le gouvernement béninois, qui apportait un important soutien financier à l’organisation de la fête traditionnelle de la Gaani, a décidé pour l’édition de 2016 de ne pas apporter son soutien financier. Il a fallu donc que les parties prenantes s’organisent pour développer un système de financement de cet évènement. Ceci a été fait, en concertation avec les différents acteurs, à travers le payement des tickets d’entrée (visiteurs, exposants). L’édition 2016 a connu un fort succès.

A Télimélé en Guinée Conakry le projet a également eu des résultats inattendus. Bien que la banque culturelle de Télimélé ait été créée en s’inspirant des modèles existants au Bénin, Togo et Mali, elle est unique en son genre du fait qu’elle inclut un volet permettant de créer un fond financier de base pour le soutien des micro-crédits. La banque culturelle de Télimélé est plus pérenne et moins dépendante des financements extérieurs que celles réalisées précédemment. Ce modèle a été beaucoup apprécié par les participants qui soutiennent sa diffusion.

Le Ministère de la Culture de la Guinée Conakry est particulièrement attaché au projet de banque culturelle à Télimélé, il s’est engagé à soutenir techniquement son développement.

 

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12 octobre 2017
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