BONNES PRATIQUES DU PROGRAMME ACPCULTURES+

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RUN, photo de tournage

Le Directeur Général de l’Office National du Cinéma de Côte d’Ivoire (ONAC-CI), M. Fadiga Kramo Lanciné, présidait en juin 2015 la présentation de la nouvelle loi sur le cinéma en Côte d’Ivoire. Plusieurs professionnels du cinéma et associations professionnelles étaient invités à s’approprier ce texte et formuler des recommandations pour l’améliorer. Selon M. Kramo, « c’est une nouvelle ère qui s’ouvre avec cette loi, parce que le cinéma ivoirien évoluait dans un univers délétère et quasi désertique en matière de textes juridiques, depuis 50 ans. »

Une nouvelle loi, une nouvelle ère, le fruit du hasard ? Le film RUN de Philippe Lacôte, soutenu par le Programme ACPCultures+ y est sûrement pour quelque chose. Le film a été sélectionné à la section « Un certain regard » du Festival de Cannes en 2014. Pour la première fois dans son histoire, un film ivoirien est programmé dans la sélection officielle du célèbre Festival.

La sélection du film au Festival de Cannes a été l’occasion pour le Gouvernement ivoirien d’envoyer une délégation de haut niveau. Le ministre de la Culture et de la Francophonie, Maurice Bandaman et la ministre de la Communication Affoussiata Bamba-Lamine, se sont rendus à Cannes pour rencontrer les responsables d’Unifrance, du CNC (Centre national de la cinématographie) et de l’institut français et discuter d’une réforme de la loi sur l’audiovisuel et le cinéma en Côte d’Ivoire.

Grâce au film RUN, le Gouvernement de Côte d’ivoire a en effet compris que le cinéma est « une industrie et un moteur d’intégration des cultures », selon les termes de Maurice Bandaman.

LOI SUR L’AUDIOVISUEL

Depuis le festival de Cannes 2014, le Gouvernement ivoirien a renforcé le chantier de réformes du cinéma et de l’audiovisuel. Philippe Lacôte, le réalisateur de RUN, a activement contribué à la rédaction du texte qui s’articule atours de 4 volets : l’affirmation de l’organisation des métiers du cinéma, le renforcement du soutien de l’Etat au secteur du cinéma à travers la création du Fonds de soutien au cinéma (FONSIC), la soumission des établissements de spectacles à une réglementation rigoureuse, enfin des sanctions contre les « fraudeurs » de la loi.

Les résultats de cette politique volontariste ne se sont pas fait attendre. Le Gouvernement a doublé l’enveloppe de fonds dédié au cinéma en 2015, suite à la collaboration fructueuse avec Wassakara, la boîte de production de Philippe Lacôte.

 

LLe ministre ivoirien de la Culture et de la Francophonie Maurice Bandaman en compagnie d'Isaac de Bankolé et Philippe Lacôte, réalisateur du film RUN

Invitée à Abidjan aux rencontres francophones en juin 2015, Isabelle Giordano, directrice générale d’Unifrance, a pu témoigner de la forte volonté du Gouvernement ivoirien à soutenir son cinéma. « C’est une naissance et ce n’est pas anodin », a-t-elle avoué. La directrice d’Unifrance a salué l’engagement des autorités ivoiriennes « qui ont rallumé la mèche du cinéma en Côte d’ivoire ».

PRODUCTION

Mais le film RUN n’a pas uniquement contribué à la relance d’une politique volontariste en faveur du cinéma en Côte d’Ivoire. Il a également permis la redynamisation de la machine de production.

D’autres projets ont été réalisés et d’autres sont en chantier. Deux films ivoiriens ont été tournés depuis RUN : « Sans regrets » de Jacques Trabi et « Braquage à l'africaine » de Owell Brown. Quatre autres tournages de films ivoiriens sont prévus d’ici 2016 : « Echiman » de Gnoan M'bala ; « One Way Ticket » de Isaak De Bankolé ; « If God Says Yes » de Philippe Lacôte ; « Inchallah Barack Obama » de Fidèle Koffi ; une série de 13 épisodes produite par la Radio Télévision ivoirienne, qui sera  réalisée par Philippe Lacôte. Quatre films ont reçu un soutien de la part du Gouvernement.

L’effet d’entrainement de RUN a été bénéfique pour l’ensemble de la production de la Côte d’Ivoire : 2 autres longs métrages ivoiriens ont été sélectionnés dans autant de festivals (« L'amour en bonus » de Jacques Trabi et « Braquage à l'africaine » de Owell  Brown), ainsi que 4 courts métrages.

EDUCATION ET RECONCILIATION

Par son questionnement sur la guerre civile, RUN a grandement contribué à effectuer un travail de mémoire et de réconciliation dans le pays. « En tant que cinéaste, il est important d’éclairer, participer à ce débat », a eu l’occasion d’expliquer le réalisateur Philippe Lacôte. « Je pense qu’il est très important pour les artistes ivoiriens de ne pas ignorer cette crise et d’en tirer les leçons pour avancer. Nous devons nous interroger sur les raisons de ce cauchemar duquel nous sortons. »

Par son thème, le film a été diffusé via la Commission nationale Vérité, dialogue et réconciliation comme outil de dialogue dans plusieurs grandes villes du pays.

Abdoul Karim Konaté, le protagoniste du film, a été invité à plusieurs projections qui se sont déroulés en Côte d’Ivoire. « Le film a été bien accueilli. La force du film réside dans le fait qu’il n’y pas prise de position pour un parti spécifique. Le film nous aide à comprendre le raisons de la crise et délivre un message clair mais essentiel : avec la guerre on va nulle part » explique-t-il.

IMAGE DU PAYS A L’INTERNATIONAL

Le retombées ne sont pas uniquement économiques, mais favorisent une meilleure image du pays. La présence du film dans des très nombreux festivals internationaux et africains, a favorisé sans doute la promotion du pays et du cinéma ivoirien dans son ensemble. Toutes ces reconnaissances internationales ont par ailleurs poussé la Côte d’Ivoire à entamer les démarches pour  être éligible aux Oscars.

PRODUCTIONS ETRANGÈRES

Production, promotion… les effets bénéfiques sur l’économie du pays ne s’arrêtent pas là. Depuis le tournage de RUN et le buz crée au sein des milieux professionnels, 2 productions étrangères ont décidé de tourner leurs films en Côte d’Ivoire. Sans doute pour profiter d’équipes rodées, formés pour évoluer dans les rouages d’une production internationale. Ainsi, Richard Berry décide de tourner une partie de son film « Tout, tout de suite » en Côte d'Ivoire en 2014, en impliquant une production exécutive locale, tandis que l'Israélien Oren Adaf a engagé Wassakara Productions en tant que producteur exécutif pour son film  « Darwin ».

PROFESSIONALISATION

Ces impacts notables sur la chaîne de production ne doivent pas faire oublier que le film RUN a contribué de manière significative à la professionnalisation du secteur et à la formation de jeunes talents. Tout au long du tournage, plusieurs formations pour acteurs non professionnels - et dont l’instruction avait été arrêtée par la guerre - ont été organisées par la production. Les jeunes acteurs et techniciens qui ont participé à ces ateliers forment une nouvelle génération de professionnels et constituent un grand espoir pour le cinéma de la Côte d’Ivoire. Le comédien principal du film, Abduol Karim Konaté, est aujourd’hui une figure majeure du cinéma du pays. « RUN a véritablement lancé ma carrière. Grâce à la résonnance internationale du film et à ma participation à plusieurs festivals, je suis maintenant sollicité par beaucoup des productions étrangères et je participe à des tournages de tout type en Côte d’Ivoire », explique le comédien.

Le succès des ateliers a poussé Philippe Lacôte et Wassakara Productions à créer une filiale permanente de formation, grâce à un financement du Goethe Institut. Ce partenariat durable permettra de former tous les ans une quinzaine d’acteurs et des scénaristes.

« Avant le film RUN, les comédiens avaient une approche théâtrale au cinéma », explique Abdoul Karim Konaté. « Philippe Lacôte a amené un regard artistique complétement différent. Beaucoup de jeunes cinéastes ivoirines s’inspirent et suivent désormais sa technique ».

Conscients de l’importance de la formation pour les jeunes professionnels, le Gouvernement ivoirien est en train de réfléchir à la création d'une école de cinéma,  l'Institut Ouest Africain du cinéma.

Pour favoriser la mobilité des professionnels et le réseautage international, Wassakara Production a enfin mis en place une base de données des techniciens ivoiriens de cinéma ainsi qu'un listing de 1500 figurants.   

Cet article fait partie de la série : "Bonnes pratiques, ACPCultures+." Lisez aussi :  Bonnes pratiques. Architecture en terre.

17 août 2015
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