AYETA ANNE WANGUSA, CULTURE AND DEVELOPMENT EAST AFRICA (CDEA)

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25 novembre 2015

Ayeta Anne Wangusa, Culture and Development East Africa (CDEA)

“La culture devrait être incluse dans tous les aspects du développement durable”

Ayeta Anne Wangusa est, entre autres, coordinatrice du continent africain pour la FICAAC. ACPCultures+ l’a rencontrée à la conférence de l’Arterial Network à Yaoundé où elle y a présenté son point de vue sur la culture et le développement.

ACPCultures+ : Pourriez-vous décrire les objectifs et la mission de votre organisation ?

Culture and Development East Africa (CDEA) est un think tank créatif basé à Dar es Salaam en Tanzanie et consacré à la fourniture de services aux groupes multipartites de Tanzanie et d’Afrique de l’Est en général. Le créneau du CDEA est de concevoir et de développer des programmes à approche factuelle qui placent la culture au cœur du développement en Afrique de l’Est. Le CDEA a deux programmes. Le premier, un programme sur la culture et la gouvernance, se concentre sur les problèmes liés à la gouvernance du secteur culturel tels que les questions de politique culturel, de recherche dans les industries de la culture et de la création au sein du contexte d’intégration régional de l’EAC. Le deuxième, le programme documentaire et d’avenir, accueille un incubateur audiovisuel qui fournit un soutien programmé à travers le Midundo Online Radio et le Film Lab du CDEA. L’objectif général du CDEA est de promouvoir une dimension culturelle dans toutes les politiques publiques et tous les programmes de développement.

La mission du CDEA est d’encourager les groupes multipartites à utiliser la culture comme une ressource pour stimuler l’innovation et trouver des solutions pour une production et des modes de vie durables.

Observez-vous une meilleure considération de la culture dans les pays africains ?

Je pense que la plupart des pays africains sont une certaine compréhension des trois facettes de la culture (l’art pour l’art, l’art pour le développement social et l’art pour le développement économique), ainsi que de la notion d’identité, la valeur du patrimoine culturel immatériel et ses connections aux trois piliers du développement durable (justice sociale, environnement et économie). Cependant, il manque aux pays africains un mécanisme institutionnel qui ancrerait la culture dans la planification du développement national et les visions à long terme.

Le Ministère de l’Intégration Africaine de Côte d’Ivoire fournit l’exemple d’un mécanisme institutionnel qui est à la fois interministériel (culture, commerce, éducation, planification, tourisme) et implique le secteur privé ainsi que la société civile dans la planification, mais adhère également à l’Agenda 2063 de l’Union Africaine pour l’intégration africaine. Cela devrait servir de modèle aux autres pays africains.

Avez-vous l’impression que la culture est mieux intégrée dans les stratégies de développement des pays africains ?

Oui, je pense qu’il y a eu un véritable effort des pays africains pour inclure dans les projets de développement les industries de la création et le rôle des arts dans la cohésion sociale, mais également d’autres ressources culturelles comme les identités culturelles, le patrimoine matériel et immatériel, le pluralisme culturel et les liens avec les aspects des piliers durables tels que le commerce équitable, la gestion des ressources naturelles, la biodiversité, l’égalité homme-femme, la participation et le développement institutionnel.

Que pensez-vous des récents Objectifs de développement durable ? Selon vous, la culture a-t-elle été prise en considération dans les négociations ? Quelles seraient les propositions pour avoir plus de culture dans les ODD ?

Comparés aux objectifs du Millénaire pour le développement, les ODD représentent un important pas en avant en ce qui concerne la reconnaissance du rôle de la culture dans les processus de développement. Les éléments suivants sont remarquables :

  • Le Préambule adresse le besoin de respecter la diversité culturelle (para. 8) et engage les États membres à promouvoir la compréhension interculturelle, la tolérance et le respect mutuel, tout en reconnaissant la diversité naturelle et culturelle du monde et que toutes les cultures et civilisations peuvent contribuer au développement durable et en sont des acteurs cruciaux (para. 36). D’autres aspects soulignés par le Préambule, comme le projet d’atteindre un monde d’alphabétisation universelle, sont aussi essentiels pour encourager l’accès à la culture et promouvoir la compréhension culturelle ;
  • La cible 2.5 évoque le besoin d’assurer l’accès à un partage juste et équitable des bénéfices issus de l’utilisation des ressources génétiques et de leur association à des connaissances traditionnelles pour atteindre l’objectif d’éradiquer la faim et atteindre la sécurité alimentaire ;
  • La cible 4.7 souligne la nécessité de l’éducation pour promouvoir une culture de paix et de non-violence, de citoyenneté mondiale et d’appréciation de la diversité culturelle ainsi que de la contribution de la culture au développement durable ;
  • La cible 8.3 suggère que la créativité et l’innovation doivent être encouragées par des politiques axées sur le développement alliées à des activités productives, une création d’emploi et un entreprenariat décents ;
  • Les cibles 8.9 et 12.b se réfèrent à la nécessité de concevoir et de mettre en œuvre des politiques de promotion du tourisme durable, notamment au travers de la culture et des produits locaux, et la nécessité de développer des outils de contrôle adaptés dans ce domaine ;
  • La cible 11.4 souligne le besoin de renforcer les efforts pour protéger et sauvegarder le patrimoine culturel et naturel mondial, en relation avec l’objectif 11 de rendre les villes et villages humains ouverts, sûrs, résistants et durables ;
  • La cible 16.4 évoque la nécessité d’accroitre la récupération et le retour des biens volés alors que la cible 16.10 s’engage à assurer l’accès public à l’information et à protéger les libertés fondamentales, ce qui implique reconnaitre l’importance des bibliothèques.

Dans l’idéal, la culture serait considérée dans tous les aspects du développement durable, c’est-à-dire les dimensions économique, sociale et environnementale. Un développement holistique et intégré ne sera atteint que lorsque les valeurs de la créativité, du patrimoine, de la connaissance et de la diversité seront prises en compte dans toutes les approches du développement durable. Cela veut donc dire garantir la disponibilité et l’accessibilité des infrastructures culturelles (dont les bibliothèques, les musées, les théâtres, les centres communautaires, les centres d’enseignement des arts) et la mise en œuvre de programmes et projets culturels à long terme.

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