AMBROISE M'BIA, METTEUR EN SCENE

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26 novembre 2014

Dans cette interview qu'il a accordée à dekartcom à Ouagadougou, lors de la quatorzième édition du Festival International de Théâtre et de Marionnettes de Ouagadougou (Fitmo), projet financé par le Programme ACPCultures+, le metteur en scène camerounais Ambroise M'Bia a parlé des difficultés actuelles du théâtre africain. Pour lui le théâtre africain demeure un modèle pour certains Occidentaux.

Dekartcom : dites-nous ce qui explique votre présence à la 14ème édition du Fitmo?

Ambroise M'Bia : J'ai mis en scène La guerre des calebasses avec des comédiens de plusieurs générations.

Parlant de cette création, sera-t-elle jouée ailleurs après l'étape d'Ouagadougou ?

Je crois que l'un des problèmes du théâtre africain, c'est qu'on monte le théâtre et il se joue une ou deux fois. C'est dommage ! Nous avons le devoir et l'obligation de tout faire pour qu'un spectacle qui est monté soit présenté au public au moins vingt fois. Il faut que ce spectacle atteigne le niveau voulu. En retournant au Cameroun, nous allons la présenter à la télévision et il y a plusieurs pays d'Afrique centrale qui sont intéressées, nous allons y travailler.

Quel bilan peut-on faire de l'état actuel du théâtre africain ?

J'ai envie de dire que ce n'est pas le théâtre africain qui se porte le plus mal. Je n'ai pas envie de dire non plus qu'il se porte très bien. Il se porte comme nous, en Afrique, avec ses hauts et ses bas, avec ses grandeurs et ses misères. Le théâtre africain est un théâtre qui a été un modèle pour certains Occidentaux, ce que des gens ne savent pas. Que ce soit les arts plastiques, que ce soit la musique, on a l'impression que nous pratiquons un art qui n'est pas représentatif. Le problème du théâtre africain, c'est que le métier n'est pas structuré. Je prends le cas des jeunes qui sont en formation actuellement. Après leur formation, ils vont devenir quoi ? Puisque le statut de l'artiste n'existe pas. Le fonctionnaire a un statut. Est- ce qu'on a pensé que le théâtre, ce n'est pas seulement des acteurs sur scène ! Le théâtre, c'est des administrateurs culturels, des scénographes, des régisseurs son et lumière, des spécialistes pour le théâtre enfant. Est- ce que nous avons formé notre public pour aller au théâtre ? Nous pouvons former un public pour aller au théâtre en mettant les enfants sur le théâtre pour enfant pour les habituer à aller au théâtre. Comme on les a habitués à aller au football. On ne peut pas faire du théâtre sans un public. Mais ce public rencontre d'autres difficultés parce que l'argent devient chose rare. Un père de famille qui n'a que vingt mille Francs pour aller jusqu'à la fin du mois n'ira pas au théâtre. Je crois que le théâtre africain a besoin d'être soutenu de façon pérenne. Il ne faut pas continuer de faire le provisoire définitif. La fonction éducative du théâtre est importante parce que le théâtre délivre un message important pour la société. Il apporte sa contribution au développement d'un pays.

Qu'est-ce que vous proposez pour une porte de sortie ?

Il faut que nos Etats comprennent que le théâtre a un rôle à jouer dans le développement. Je peux vous dire qu'un directeur de festival n'a pas besoin que de l'argent. Si par exemple, vous êtes, le Maire d'une ville, vous pouvez apporter une aide en termes d'hébergement, d'exonération des taxes d'affichages. La télévision peut faire une réduction au metteur en scène pour lui faire la publicité.
Qu'est-ce que vous-mêmes en tant qu'acteurs, vous faites pour résoudre les problèmes du théâtre ?
Nous montons des œuvres en invitant ces personnalités à venir assister aux spectacles. Il faut qu'elles viennent voir ce que nous faisons. Nous organisons des colloques sur ce qu'on doit faire. Il y a des actes publiés. Je crois que notre combat, c'est surtout de produire des œuvres de qualité. Sinon, on va à la dérive.

Un appel à la nouvelle génération qui veut faire du théâtre.

Il faut soigner son entrée sur la scène quand on est jeune. Cela veut dire que vous devez tout faire pour qu'on vous remarque. C'est important d'apprendre ce métier et d'avoir une ligne de conduite. Il faut faire son métier, vivre de son art et être représentatif.

 

Entretien réalisé par Emmanuel Tometin et Esckil Agbo
Lire l'interview complète sur Agence DEKart

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